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Déclaration de paix au monde !

Le 22 mai 1790, l'Assemblée Constituante décrète la Déclaration de Paix au Monde.

Le contexte est bien circonstancié : il s'agit de savoir si la France doit s'engager aux côtés de l'Espagne, à laquelle elle est alors alliée, contre l'Angleterre, dans la rivalité qui oppose les deux puissances sur la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord...

L'Assemblée Constituante décide alors de ravir à Louis XVI le pouvoir de déclarer les guerres : le roi propose, les députés disposent.

Mais, dans leur passion pour l'universalisme, ils en font un texte d'une portée sans précédent :

" Art. 4. — Sur cette notification, si le Corps législatif juge que les hostilités commencées soient une agression coupable de la part des ministres ou de quelque autre agent du pouvoir exécutif, l'auteur de cette agression sera poursuivi comme criminel de lèse-nation ; l'Assemblée nationale déclarant à cet effet que la nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et qu'elle n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. "

Si cette déclaration, comme toutes les autres, s'est vite frottée à la réalité de la guerre révolutionnaire contre les monarchies européennes, puis des conquêtes napoléoniennes, de la constitution d'un empire colonial, elle a su influencer le droit international, dans l'idée de renoncement à la guerre comme instrument de politique nationale, et dans la création de structures destinées à maintenir la paix... De Kant à Wilson, de la SDN à l'ONU, cette idée a essaimé...


Avec la postérité et l'efficacité qu'on sait, hélas...

Ce que la France peut être agaçante, ce qu'elle peut-être désespérante, ce qu'elle peut être contradictoire, ce qu'elle peut-être brutale, quand il est question de colonisation ou de néo-colonialisme, de conservatisme et de réaction, d'héritage monarchique dans le fonctionnement de ses institutions, de vichysme ou de bigoterie, d'ethnocentrisme ou de nationalisme grimé en patriotisme, de xénophobie...

Ce qu'elle peut être belle, lorsqu'elle parle de tolérance, de la conception d'une nation qui se construit autour de l'universel, de paix ou de Droits de l'Homme, de liberté et d'égalité, lorsque son peuple lutte et résiste, et se sent investi de ces valeurs...

Quel paradoxe, toujours, entre les principes et les actes, entre le monde des idées et leur application, entre révolution et réaction, entre la fin et les moyens, entre les intentions et l'histoire...

Tag(s) : #Révolutions, #Guerres

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