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Factory Act, 1844

Le Factory Act du 7 juin 1844 est la quatrième loi d'une série qui réglemente peu à peu le travail en Angleterre, dans le berceau de la Révolution Industrielle.

Ces lois ne sont pas seulement le résultat des enquêtes entreprises par le parlement, où certains députés ont joué un véritable rôle dans la dénonciation des conditions de travail inhumaines, dans les usines et les mines britanniques. Elles sont surtout les fruits des luttes ouvrières, âpres dans la première moitié du XIXe siècle en Angleterre.

Ainsi, en 1844, le Parlement légifère sur plusieurs points, qui révèlent bien l'horreur de la condition ouvrière :

Les enfants entre 9 et 13 ans ne pourront plus travailler plus de 9 heures par jour, et auront droit à une pause pour le déjeuner.

Les femmes et les jeunes gens ne travailleront pas plus de 12 heures par jour, et 9 le dimanche.

L'âge des petits ouvriers devra être vérifié avant leur embauche.

Les morts accidentelles doivent être rapportées aux responsables, et faire l'objet d'une enquête, et les fabriques devront tenir tous leur dossiers à la disposition de la loi.

Dès le Factory Act précédent, le travail des moins de 9 ans a été proscrit. Cependant, de la loi à son application...

Pendant une décennie au moins, des enfants bien plus jeunes ne voient jamais le soleil, dans les galeries des mines ou dans l'ombre des fabriques... Dans les filatures et les peignages, leur petite taille en fait des réparateurs hors pair, lorsqu'il s'agit d'entrer dans les mécanismes des métiers à tisser.

Et l'on prend rarement la peine, par souci de rentabilité, d'arrêter les machines, lorsqu'ils se glissent dans le coeur de la bête...

Factory Act, 1844

C'est tout ce petit peuple des fabriques que Dickens décrit dans ses romans, participant à la prise de conscience des horreurs de l'esclavage industriel...

Certaines paroisses, sous prétexte de venir en aide aux enfants abandonnés ou orphelins, les vendent aux propriétaires d'usines. De véritables trafics d'enfants se développent.

Comme dans Oliver Twist, paru en 1837, ici illustré par James Mahoney, sous la forme d'un feuilleton, dans Bentley's Miscellany, de nombreux enfants sont livrés à des patrons qui sous-louent leurs services, à la demande, aux usines.

" L’endroit où mangeaient les enfants était une grande salle pavée, au bout de laquelle était une chaudière d’où le chef du dépôt, couvert d’un tablier et aidé d’une ou deux femmes, tirait le gruau aux heures des repas. Chaque enfant en recevait plein une petite écuelle et jamais davantage, sauf les jours de fête, où il avait en plus deux onces un quart de pain ; les bols n’avaient jamais besoin d’être lavés: les enfants les polissaient avec leurs cuillers jusqu’à ce qu’ils redevinssent luisants; et, quand ils avaient terminé cette opération, qui n’était jamais longue, car les cuillers étaient presque aussi grandes que les bols, ils restaient en contemplation devantla chaudière avec des yeux si avides qu’ils semblaient la dévorer de leurs regards, et ils se léchaient les doigts pour ne pas perdre quelques petites gouttes de gruau qui avaient pu s’y attacher. Les enfants ont en général un excellent appétit ; Oliver Twist et ses compagnons souffrirent pendant trois mois les tortures d’une lente consomption, et la faim finit par les égarer à ce point qu’un enfant, grand pourson âge et peu habitué à une telle existence (car son père avait tenu une petite échoppe de traiteur), donna à entendre à ses camarades que, s’il n’avait pas une portion de plus de gruau par jour, il craignait de dévorer une nuit l’enfant qui partageait son lit, et qui était jeune et faible : il avait, en parlant ainsi,l’œil égaré et affamé, etses compagnonsle crurent ; on délibéra. On tira au sort pour savoir qui irait le soir même au souper demander au chef une autre portion ; le sort tomba sur Oliver Twist... "

Factory Act, 1844

« J'ai 11 ans. Je travaille dans une filature. C'est très dur comme travail. L'air est saturé de fibres, nos yeux piquent. C'est à peine supportable. Il y a beaucoup de machines qui font du bruit en même temps. C'est terrible. Je gagne 14 roupies (0,25€) par jour et je travaille souvent jusqu'à minuit et demi. Le lendemain matin, je reprend à 5h30 pour rentrer à la maison à 1h du matin.»

Sita, Tiripur (Inde) in S. Parmentier, O. Bailly, Coton, des vies sur le fil, Oxfam MDM, 2005.

« Je travaillais à la mine depuis que j’étais tout jeune. Mon travail consistait à transporter de lourdes charges de minerai et à concasser des pierres. J’étais ce que l’on appelle un quimbalatero.

Un jour, lorsque j’avais 13 ans, il a eu un problème à la mine.
Ce jour-là, je ne me sentais pas bien, j’étais fatigué et je suis tombé plusieurs fois en travaillant. À un moment, mon wagonnet plein de minerais s’est renversé à la sortie de la mine et tout le minerai s’est répandu par terre. Le contremaître m’a vu et m’a violemment
frappé pour me punir.»

Braulio, La Rinconada (Pérou)
Adapté de La fin du travail des enfants, un objectif à notre portée – Rapport de l’Organisation Internationale du Travail, 2006, p 48


« J’ai commencé à travailler comme domestique à l’âge de 15 ans. Après la mort de mon père, je suis allée à Djakarta avec ma mère pour chercher un emploi de travailleuse domestique. J’ai trouvé rapidement une employeuse à Bekasi, l’une des banlieues de la ville.
M’ayant bien traitée au début, mon employeuse s’est comportée de plus en plus durement avec moi après avoir eu un bébé. J’ai été soumise en permanence à un harcèlement et à des violences verbales. Je n’avais pas été payée depuis plus d’un an et demi quand j’ai entendu parler du centre destiné aux jeunes travailleurs domestiques géré par la Fondation indonésienne pour le bien-être des enfants (YKAI).

Le centre, appelé Sanggar Puri, offre une éducation et une formation professionnelle pratiques. J’ai été arrachée au travail domestique il y a deux ans et je suis aujourd’hui les cours d’une école secondaire. Même si je vis seule avec ma jeune sœur dans des conditions financières difficiles, je suis décidée à poursuivre mes études. Je ne veux plus jamais travailler comme domestique. Je préfère vivre seule avec ma soeur que de vivre avec mon
employeuse à Djakarta.»

Thao, Inde
Adapté de La fin du travail des enfants, un objectif à notre portée – Rapport de l’Organisation Internationale du Travail, 2006, p 48

« Je travaille depuis mes 9 ans comme boulangère, artisane et vendeuse de sucreries.
Les politiciens font des lois en principe pour les enfants, mais qui en fin de compte ne nous favorisent en rien; c'est pour cela que nous voulons donner notre opinion. Ce que nous voulons, c'est être reconnus comme d'authentiques citoyens avec une capacité de donner notre avis, de décider et d'influencer, pour le respect et le maintien en vigueur de nos droits, y compris notre droit au tra
vail. »

Fabiola, Pérou.
Adapté de Contre le travail des enfants ? - Centre Tricontinental (Alternative sud, 2009), p 164

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont, de l'aube au soir,faire éternellement
Dans la même prison, le même mouvement
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las…

Victor Hugo, extrait de Melancholia

Tag(s) : #Luttes

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