Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Viva Villa !

Quand, à l'âge de 12 ans, Jose Doroteo Arango Aràmbula, né en 1878, perd son père Agustin, paysan pauvre de l'état du Durango au Mexique, il devient chef de famille, et quitte l'école pour travailler et subvenir aux besoins de sa mère et ses quatre frères et soeurs, sans avoir eu le temps d'apprendre à lire...

Il devient métayer, sur la propriété de Agustin Lopez,Negrete, et après un bref séjour à Chihuahua, apprend le viol de sa soeur, par le maître de l'exploitation. Il le tue, et commence, l'année de ses quinze ans, sa vie de bandit.

Il fuit aussitôt dans la Sierra Madre, et y passe les quinze années suivantes. Arrêté à 24 ans, et condamné à mort, il s'engage dans l'armée pour échapper à la sentence, mais s'enfuit quelques mois plus tard, vers l'état du Chihuahua. Il prend le nom de son grand-père, Jesus Villa. Il devient Francisco Villa... Pancho Villa !

Il est, quelques temps, boucher le jour, et se procure la viande la nuit, dans les haciendas de la région, d'une façon peu légale...

Viva Villa !

En 1910, la dictature du vieux Porfirio Diaz, réélu pour la huitième fois, s'appuie sur la bourgeoisie et les grands propriétaires terriens. A l'ombre du grand voisin américain, le pays se modernise peu à peu, mais l'exploitation de la terre est toujours féodale. Le système des haciendas réduit à la misère et à la servitude les petits paysans, les péones, et plus encore les Indiens.

De l'enfance à la mort, le peuple travaille sur les terres des patrons, et doit impérativement s'approvisionner dans son magasin... De marchandises impayées en arriérés de loyers, les péones deviennent esclaves de ce système, dans lequel les grands propriétaires délèguent la gestion des domaines à leurs intendants, pour vivre dans le luxe à Mexico.

La colère des péones grondent. Lors des festivités organisées par Diaz pour sa réélection, ils réclament cette réforme agraire qu'on leur promet depuis des années.

Pancho Villa a partagé leur sort, et Francisco Madero, qui sait qu'il ne fera pas de révolution avec des enfants de choeur, lui offre le pardon en échange de ses services. Elevé au rang de colonel-brigadier, Pancho mène le soulèvement du Nord. Inlassablement, les troupes gouvernementales sont harcelées, attaquées, victimes d'embuscade.

La stratégie de la guérilla est née, et la révolution mexicaine a commencé !

Viva Villa !

Après la chute de Ciudad Juarez, Diaz est contraint à l'exil, et embarque pour l'Europe. Madero, rentré de son exil aux Etats-Unis, met en place, en mai 1911, un gouvernement provisoire, et est élu président de la république, en novembre.

Mais la réforme agraire, tant attendue, tarde à venir... Madero est soutenu par les Américains, qui considèrent, en vertu de la doctrine Monroe, toute l'Amérique Latine comme leur chasse gardée.

Villa, retiré à Chihuahua, où il a fondé une petite fabrique d'emballage de viande, et qui se fournit par des voies plus légales, les bêtes dont son affaire a besoin, sort de l'ombre, tout comme l'autre héros de la révolution, Emiliano Zapata Salazar. Les péones entendent faire respecter les promesses du plan d'Alaya, qui prévoit l'expropriation des plus grands propriétaires fonciers, et la nationalisation des 2/3 des terres.

Lâché par son allié américain, le président Madero est assassiné, avec son vice-président, sur ordre du général de brigade Huerta, le 22 février 1913. Villa, comme Zapata, reprennent le maquis.

Traversant le Rio Grande pour se mettre à l'abri des troupes régulières, Pancho parvient à reprendre, à la tête de son armée de paysans, la ville de Chihuahua, et organise méthodiquement, dans le nord, l'offensive contre Huerta. De victoires en victoires, la Division du Nord de Villa reconquiert le sud du pays.

Viva Villa !

Les Etats Unis s'irritent de cette révolution, dans leur domaine mexicain, et, le 21 avril 1914, après avoir dépêché leurs navires de guerre dans le Golfe, organisent un débarquement à Veracruz, sous la direction du général Pershing. Il y rencontre Villa, lui assurant son soutien, mais lorsque l'armée régulière reprend le dessus, les Américains finissent par reconnaître le nouveau président Carranza, en octobre 1915

Furieux d'avoir été trahi, Villa attaque, le 9 mars 1916, la petite ville de Colombus, dans l'état américain du Nouveau-Mexique. Pour Washington, confrontée au prix de sa realpolitik, le choc est sévère...

L'armée américaine franchit la frontière, et forte de 150 000 hommes, se lance à la poursuite de Pancho Villa, qui sait se rendre insaisissable. Son métier de bandit l'a confirmé dans l'art de la fuite. La population mexicaine abhorre les yankees, et l'expédition s'enlise. Au bord de la guerre, Carranza est contraint de demander au gouvernement américain de retirer ses troupes.

Tandis que Zapata est assassiné par traîtrise, en avril 1919...

Ce n'est qu'en 1920 que le bandit devenu général dépose les armes, à la destitution de Carranza, et devient un paisible ranchero... pour être finalement assassiné d'une balle dans la tête, dans sa voiture, sur ordre du nouveau président, Ellias Calles, en 1923.

Sa mémoire, longtemps instrumentalisée par le pouvoir, qui en fait volontiers un rebelle sanguinaire, se réveille dans les années 70, au plus fort des luttes contre l'hégémonie américaine, et quand se réveille la fierté des paysans sans terre, et des Indiens. Et le souvenir de l'expédition punitive américaine s'est perpétuée en musique, dans un corrido sur les exploits de Villa, La Punitiva...

La Punitiva

Viva Villa !

Pour aller plus loin :

Paco Ignacio Taibo II, Pancho Villa, roman d'une vie, Payot, 2006

Tag(s) : #Luttes, #Amériques

Partager cet article

Repost 0