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Oradour honte des hommes, Oradour honte éternelle

Le 10 juin 1944, un détachement du Premier bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS, extermine la population du village d'Oradour-sur-Glane.

642 hommes, femmes et enfants sont massacrés.

Les hommes sont abattus, les femmes et les enfants enfermés dans l'église, que les Allemands font sauter. La charge explosive n'ayant pas fait s'écrouler la voûte, ils achèvent le travail à la mitraillette et à la grenade, avant de mettre le feu.

" Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistions. Vers 16 heures, des soldats âgés d'une vingtaine d'années placèrent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassaient des cordons qu'ils laissèrent traîner sur le sol. Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion se produisit et d'où une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea. Les femmes et les enfants à demi asphyxiés et hurlant d'épouvante affluèrent vers les parties de l'église où l'air était encore respirable. C'est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée sous la poussée irrésistible d'un groupe épouvanté. J'y pénétrai à la suite et, résignée, je m'assis sur une marche d'escalier. Ma fille vint m'y rejoindre. Les Allemands, s'étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge. Ma fille fut tuée près de moi d'un coup de feu tiré de l'extérieur. Je dus la vie à l'idée de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade éclata dans l'église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles. Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel. Il existe dans cette partie de l'église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l'aide d'un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l'atteindre. Je ne sais alors comment j'ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu'à elle, comme j'ai pu. Le vitrail était brisé, je me suis précipitée par l'ouverture qui s'offrait à moi. J'ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu'au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j'avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands alertés par les cris de l'enfant nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin. "

Marguerite Rouffanche, survivante du massacre.

Oradour honte des hommes, Oradour honte éternelle

Le massacre est planifié, conjointement par la SS et la milice française, afin de punir une région où les maquis sont nombreux, et ses acteurs sont clairement identifiés. Rien n'est accidentel dans ce massacre, et ce ne sont pas des troupes désorganisées qui frappent le village, mais déterminées à exterminer, en prétextant des combats contre la Résistance.

La justice a le plus grand mal à faire son oeuvre : la présence de quatorze Alsaciens parmi les accusés pose de nombreux problèmes. Il s'agit alors de souder la communauté nationale autour du mythe résistantiel, et le statut de ces "malgré nous" est le sujet de nombreuses controverses.
Pourtant, si l'enrôlement dans la Werhmacht est inévitable pour les jeunes Alsaciens, l'engagement dans la Waffen SS est le fruit d'un choix, et implique une sélection fondée sur les convictions nazies autant que sur les critères raciaux.
Au plan juridique, l'inculpation de "crime de guerre" ne peut s'appliquer aux accusés français. Cependant, après sa visite à Oradour, Vincent Auriol fait adopter une nouvelle loi, en septembre 1948, reconnaissant la notion de responsabilité collective des individus intégrés à des groupes aux activités criminelles, y compris les ressortissants français.

Mais en quelques jours après l'ouverture du procès de Bordeaux, en janvier 1953, les députés abrogent la loi de 1948... Si l'Allemand Lenz est condamné à mort, la sentence contre les Alsaciens est bien plus clémente : entre cinq et douze ans de travaux forcés, ou entre cinq et huit ans de prison. Le seul dont l'engagement volontaire est incontestable est condamné à mort pour trahison.

Toutes les personnalités politiques d'Alsace réclament l'amnistie totale, suivis par huit députés de plusieurs départements et tendances politiques, à l'exception du PCF, qui proposent une loi d'amnistie. Le Limousin est sous le choc : toute perspective de justice, due à la mémoire de ses martyrs, s'évanouit, pour des raisons politiques.

Même De Gaulle prend partie et défend le principe de l'amnistie, destinée à cimenter l'unité nationale. Et quel poids pèse alors une région rurale et peu peuplée, dans la balance de la reconstruction d'une identité ? Le 19 février 1953, la loi d'amnistie est adoptée. Tous les députés communistes et les trois quart des socialistes s'y sont opposés.

Dès le 21, les Alsaciens sont libérés, suivis quelques mois plus tard par cinq Allemands. Les deux condamnations à mort sont commuées en prison à perpétuité, et les condamnés par contumace, bien qu'identifiés, ne feront jamais l'objet de demandes d'extradition.

Malgré la juste colère des Limousins.... en 1958, tous les condamnés sont libres.

Le dernier condamné, Heinz Barth, jugé en 1983 en RDA, est libéré en juillet 1997.

Oradour n'a plus de femmes
Oradour n'a plus un homme
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus de pierres
Oradour n'a plus d'église
Oradour n'a plus d'enfants


Plus de fumée plus de rires
Plus de toîts plus de greniers
Plus de meules plus d'amour
Plus de vin plus de chansons.


Oradour, j'ai peur d'entendre
Oradour, je n'ose pas
Approcher de tes blessures
De ton sang de tes ruines,
je ne peux je ne peux pas
Voir ni entendre ton nom.


Oradour je crie et hurle
Chaque fois qu'un coeur éclate
Sous les coups des assassins
Une tête épouvantée
Deux yeux larges deux yeux rouges
Deux yeux graves deux yeux grands
Comme la nuit la folie
Deux yeux de petits enfants:
Ils ne me quitteront pas.


Oradour je n'ose plus
Lire ou prononcer ton nom.


Oradour honte des hommes
Oradour honte éternelle
Nos coeurs ne s'apaiseront
Que par la pire vengeance
Haine et honte pour toujours.


Oradour n'a plus de forme
Oradour, femmes ni hommes
Oradour n'a plus d'enfants
Oradour n'a plus de feuilles
Oradour n'a plus d'église
Plus de fumées plus de filles
Plus de soirs ni de matins
Plus de pleurs ni de chansons.


Oradour n'est plus qu'un cri
Et c'est bien la pire offense
Au village qui vivait
Et c'est bien la pire honte
Que de n'être plus qu'un cri,
Nom de la haine des hommes
Nom de la honte des hommes
Le nom de notre vengeance
Qu'à travers toutes nos terres
On écoute en frissonnant,
Une bouche sans personne,
Qui hurle pour tous les temps.

Jean Tardieu, dans le numéro clandestin de Lettres Françaises, septembre 1944

Tag(s) : #Guerres, #Poèmes !

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