Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mai 68, acte I !

Le 2 mai 1968, une journée anti-impérialiste est organisée à l'Université de Nanterre, où, depuis le mouvement du 22-mars, la colère gronde. Le doyen fait fermer la faculté, et dès le lendemain, la contestation gagne la Sorbonne.

C'est le premier acte de mai 68...

Quand l'éditorialiste du Monde Pierre Viansson-Ponté, écrit, le 15 mars, que la France s'ennuie, il n'imagine sans doute pas l'ébullition qui agite, de façon souterraine, la société et sa jeunesse :
" Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui. Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde, la guerre du Vietnam les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment. "
Lamartine, quelques mois avant l'explosion de 1848 faisait le même constat à propos de la France de la Monarchie de Juillet...

Après dix ans de gaullisme, l'ordre et l'immuabilité s'invitent tous les soirs à la table des Français, grâce à l'ORTF, la télé du général, qui endort les esprits à grands coups de mythes : mythe résistancialiste, qui fait de tous d'anciens résistants, mythe des Trente Glorieuses, quand bien même le chômage ne cesse de progresser, atteignant 500 000 personnes en ce début de 1968...

Dès 1963, la grève des mineurs tire la sonnette d'alarme d'une situation économique florissante qui ne profite pas à tous. Les deux millions de travailleurs payés au SMIG, et en particulier les femmes, les immigrés, les ouvriers spécialisés, ne croient plus au ruissellement de la richesse, sensée leur ouvrir les merveilleux paradis de la consommation. Les bidonvilles fleurissent déjà à l'entrée de Paris...

Un bidonville, c'est exactement la vue que les étudiants de l'Université de Nanterre voient de leurs salles de cours. Le système universitaire est surchargé par l'arrivée sur les banc de la fac de la génération du Baby Boom, et surtout, ne répond plus aux exigences d'une nouvelle jeunesse, qui conteste l'autorité, l'ordre moral établi, la rigidité des clivages sociaux, politiques et moraux. Certes, plus de 90% d'entre eux sont des enfants de bourgeois, qui n'ont " pas connu la guerre ", et ont bénéficié de la nouvelle société d'abondance, qui transforme le jeune, espèce nouvelle, en consommateur ciblé. Une partie de cette jeunesse s'est radicalisée : maoïstes, trotskistes, anti-impérialistes... Ce mouvement des jeunesses est mondial. Les jeunes américains sont en lutte contre la guerre du Vietnam, par exemple, tandis que les étudiants allemands affrontent fréquemment les forces de l'ordre, en RFA.

La vie politique traditionnelle est sclérosée, malgré la mise en ballottage du général par Mitterrand en 1965. Né dans la crise algérienne par l'appel des généraux d'Alger, le régime gaullien, fondé sur un exécutif fort, n'a pas réussi a fonder sa légitimité dans une large partie de l'opinion. Paralysé par la Guerre Froide, engoncé encore dans ses choix staliniens dont découle une rupture avec les idées révolutionnaires, le PCF n'attire plus vraiment la jeunesse. Cuba ou la Chine sont devenues des références pour la jeunesse de la gauche radicale, tandis que les questions du Vietnam et du désarmement mobilisent de plus en plus.

Le Tiers-Monde, qui a fait son entrée fracassante sur la scène internationale, par le mouvement des non-alignés, fascine bien plus que la bureaucratie poussiéreuse de l'URSS.

Dès le mois de mars, c'est l'ébullition à Nanterre, où le mouvement du 22 mars, représenté par Cohn-Bendit entre autres, durcit la contestation. Il ne s'agit plus seulement de pouvoir accéder librement aux résidences universitaires réservées aux étudiantes, comme en mars 67, où les étudiants sont expulsés par les forces de l'ordre, ou de dénoncer les représailles qui découlent de cet épisode : la circulation de listes noires, qui incitent les professeurs à refuser dans leur cours les étudiants contestataires... Quand il est question du transfert de Cohn-Bendit dans une autre université, la grève se généralise à Nanterre, et s'étend à la Sorbonne.
Le 3 mai, 400 manifestants occupent la cour de la Sorbonne. Le risque de bataille rangée avec les étudiants fascistes du groupe Occident est important, et la police évacue les lieux, en arrêtant les chefs supposés du mouvement. Y compris dans le milieu professoral, cette intervention est très critiquée. Depuis le Moyen Age, l'Université apparaît comme un sanctuaire inviolable par les forces de l'ordre. Mais dès le lendemain, d'autres meneurs, comme Cohn-Bendit, sont convoqués devant une commission disciplinaire, interne, il est vrai, à l'université.

Au Quartier Latin, les premières barricades se dressent et les pavés commencent à voler.

Cependant, ce premier acte de mai 68 n'est encore qu'étudiant. Les syndicats ne répondent pas à l'appel des étudiants. La CGT dénonce, par exemple, un mouvement publicitaire et refuse de s'appuyer sur un mouvement étudiant qu'elle ne comprend pas.

La nuit du 10 mai, les jeunes tiennent une dizaine de barricades, prises d'assaut par les CRS. Les centaines de blessés commencent à éveiller la sympathie de l'opinion.

La grande manifestation du 13 mai est en gestation.

Tag(s) : #Luttes

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :