Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Piste des Larmes

Nunna daul Isunyi, en langue cherookee, la piste où ils ont pleuré...

Le 28 mai 1830, la loi du Indian Removal Act est votée au Etats Unis, et signée par le président démocrate Andrew Jackson, élu en 1828, sur un programme où ce projet de loi avait la part belle...

C'est la fin de la tolérance, qui avait amené certains Native Americans à servir l'indépendance des treize colonies britanniques d'Amérique du Nord.

Thanksgiving, désormais, sur la côte est, devient un pur folklore, et les Indiens les dindons de la farce.

Dans sa soif de conquête et de colonisation, la jeune république décide de déporter les tribus indiennes à l'est du Mississippi. Depuis 1806, une cinquantaine de tribus ont déjà été déportées au-delà des Appalaches. Seules celles qui acceptent la "civilisation", c'est à dire l'abandon du nomadisme, des traditions ancestrales, et de l'occupation collective des terres, continuent à y vivre.

Mais, en 1830, les cinq tribus "civilisées", sont à leur tour menacées, sous la pression de la colonisation. Les Cherookees, Séminoles, Choctaws, les Creeks et les Chickasaws doivent quitter les états de l'Est, sous peine d'expéditions punitives.

La Piste des Larmes

Les Indiens de l'Est sont bien seuls, face à cette menace imminente. Rares sont les opposants à leur expulsion, et parmi eux, Davy Crockett. En 1830, parce qu'il s'oppose au président Jackson, démocrate comme lui, au sujet du sort réservé aux Indiens, il perd son siège de représentant du Tennessee au Congrès...

La tribu cherookee parvient à se faire entendre grâce à l'un de ses enfants, Elias Boudinot, défenseur de la culture de son peuple, qui édite en langue anglaise et dans sa langue natale, le journal Cherookee Phoenix, depuis 1828.

En effet, dotée d'un alphabet dès 1821, par Sequoyah, la langue Cherookee est au coeur d'un projet de constitution, commun aux cinq tribus, et créant un état libre, qui se serait étendu sur le territoire de l'Oklahoma...

C'est ce rêve que porte Elias Boudinot, mais l'heure n'est plus au rêve. Le temps des larmes arrive pour les cinq tribus "civilisées".

Malgré l'arrêt de la Cour Suprême, reconnaissant la souveraineté des Cherookees, que le président Jackson refuse de faire appliquer, le chef John Ross et son peuple se voient contraints à la déportation, par le juge McLean.

La Piste des Larmes

S'ouvre alors la Piste des Larmes...

Entre 1831 et 1838, les Indiens sont déportés, et leurs terres cédées aussitôt aux colons. Les lois discriminatoires votées en Géorgie finissent par dissuader les plus retors de demeurer sur un territoire exsangue...

Dans l'espoir de sauver ce qui reste de leur culture, Elias Boudinot et quelques autres représentants du peuple cherookee acceptent de partir et signent avec les autorités le traité de New Echota, en 1835, malgré l'opposition de John Ross et de la plupart des chefs.

En mai 1838, au plus fort de l'exil forcé, 18 000 Indiens sont rassemblés dans trente-et-un forts de l'armée américaine, sans aucun bagage, puis enfermés dans onze camps du Tennessee et d'Alabama, avant d'entreprendre la longue marche.

Si trois mille d'entre eux sont acheminés par la voie fluviale vers leurs nouveaux territoires, la majorité, hommes, femmes et enfants, doivent parcourir à pied 3540 kilomètres... Bloqués par l'hiver, en octobre 1838, près de 5000 déportés doivent attendre le printemps, sur la rive est du Mississippi, dans des conditions abominables.

Entre 4000 et 8000 Indiens meurent pendant ce Trail of Tears, qui s'achève par l'assassinat de John Ross et d'Elias Boudinot, en juin 1839.

Malgré l'indignation des humanistes américains, dont le poète Ralph Waldo Emerson, qui adresse une lettre de protestation au président Van Buren, Il n'y a plus, officiellement, de "problème indien" dans les états de l'Est...

La résolution adoptée par le Sénat en octobre 2009, présentant aux descendants de la Nation Indienne les excuses de la Nation Américaine, n'y change rien.

Nous affirmons qu'un crime est planifié et qu'il dépasse notre entendement, un crime qui nous prive, avec les Cherookees de notre pays. Comment pourrions-nous appeler la conspiration qui va écraser ces pauvres Indiens (...). Vous, Monsieur, ferez tomber le glorieux siège sur lequel vous êtes assis dans l'infamie, si vous exécutez cette perfidie; et le nom de cette nation, jusque là présage de liberté et de religion, sera puante pour le monde."


Extrait de la lettre d'Emerson à Van Buren, le 23 avril 1838

La Piste des Larmes

Pour aller plus loin :

Bernard Vincent, Le sentier des larmes. Le grand exil des Indiens Cherokees, Paris, Flammarion, 2002.

Tag(s) : #Amériques, #Colonisation

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :