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L'urne ou le fusil ?

C'est sur les barricades des journées de février 1848 que les Français mettent fin à la Monarchie de Juillet, et proclament la Seconde République.
Spectaculaires sont les premières mesures : Abolition de l'esclavage, suffrage universel, création d'ateliers nationaux afin de permettre aux nombreux ouvriers sans emploi de survivre.
Le 23 avril 1848, les Français élisent au suffrage universel masculin l'Assemblée Constituante.

Quelques constats sur cette première élection au Suffrage Universel :

Dans les semaines qui ont précédé le suffrage, les Républicains inquiets du vote de la France rurale, sous l'emprise des notables, ont réclamé le report du vote, fixé préalablement au 9 avril. Grâce à une manifestation massive, le 17 mars, Auguste Blanqui obtient ce report, qui permet de poursuivre une campagne difficile.

Les Républicains modérés l'emportent confortablement avec 600 sièges. Lamartine, qui proclama la République devant l'Hôtel de Ville de Paris obtient le score le plus écrasant.
Les socialistes obtiennent 80 sièges, dont celui d'Alexandre Martin, mieux connu sous le surnom d'Ouvrier Albert.
Quant aux Légitimistes et Orléanistes, la France rurale leur accorde 200 sièges... Oui, not' bon maître...

Le système des candidatures multiples révèle et étend la notoriété de quelques uns. Lamartine est élu dans 17 départements, par exemple. Les élections partielles qui en découlent, début juin, voient l'élection de Victor Hugo, mais aussi de Louis-Napoléon Bonaparte et du funeste Adolphe Thiers.

L'abstention est, pour ces premières élections au suffrage universel, n'est pas négligeable : 16,6 % des Français décident de ne pas se rendre aux urnes...


« Il n'y a de vérité dans le pouvoir social moderne ou représentatif qu'autant qu'il y a de vérité dans l'élection et il n'y a de vérité dans l'élection qu'autant qu'elle est universelle.
Nous avons fondé une République égalitaire où il n'y a qu'un seul peuple, composé de l'universalité des citoyens, où le droit et le pouvoir ne se composent que du droit et du vote de chaque individu.
La loi électorale provisoire que nous avons faite est la plus large qui, chez aucun peuple de la terre, ait jamais convoqué le peuple à l'exercice du suprême droit de l'homme, sa propre souveraineté...
Tout Français en âge viril est un citoyen politique. Tout citoyen est électeur... Tout électeur est souverain. Le droit est égal et absolu pour tous. Il n'y a pas un citoyen qui puisse dire à l'autre : tu es plus souverain que moi. »

(15 mars 1848, Bulletin des lois d
e la République)



Cependant, dès la fin du processus électoral, la répression s'abat de la façon la plus brutale sur les ouvriers, pendant les Journées de Juin.
Le processus électoral garantit l'ordre, et pas forcément la justice. La confiance immense que les Républicains placent dans le suffrage universel est vite trahi par le système des candidatures officielles, qui se profile déjà.



( « Ça c'est pour l'ennemi du dehors, pour le dedans, voici comme l'on combat loyalement les adversaires ... », L'urne et le fusil, gravure de M.L. Bosredon, avril 1848 )

Tag(s) : #Révolutions

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