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Les oubliées de l'an II ...

Il était trop tentant pour les contemporains comme pour les historiens, de réduire l'action des femmes dans la Révolution à un rôle subalterne, où seules les motivations alimentaires les amènent à prendre part à la vie publique.

L'image de la mère qui se révolte parce que ses enfants en loques meurent de faim, mûe par le seul instinct est un cliché parmi d'autres. Si, effectivement, les femmes sont aux premières loges pour juger des effets de la pauvreté, puisque leur rôle domestique les amenait souvent à tenir les cordons de la bourse, il serait réducteur de ne considérer leur action qu'au travers de ce prisme. Si les allégories de la liberté, puis de la République, sont féminines, les femmes ne sont pas des représentations mythiques, et ont tenu, dans la période révolutionnaire, leur place de citoyenne, qu'on leur niait pourtant !

Dans le grand bouillonnement de la fin de l'Ancien Régime, elles sont présentes dans les clubs, ou, lorsque leur condition leur confère une certaine éducation, remettent en cause la société patriarcale qui fait d'elles d'éternelles mineures.

Certains cahiers de doléance se font écho de leurs revendications.
" Il est, dit-on, question d’accorder aux Nègres [sic] leur affranchissement ; le peuple, presque aussi esclave qu’eux, va rentrer dans ses droits : c’est à la philosophie qui éclaire la nation, à qui l’on sera redevable de ces bienfaits ; serait-il possible qu’elle fut muette à notre égard, ou bien que, sourds à sa voix, et insensibles à sa lumière, les hommes persistassent à vouloir nous rendre victimes de leur orgueil et de leur injustice ? (...) La devise des femmes est travailler, obéir et se taire. Voilà certes un système digne de ces siècles d’ignorance, où les plus forts ont fait les lois, et soumis les plus faibles, mais dont aujourd’hui la lumière et la raison ont démontré l’absurdité. ", affirme l'un d'eux.

Dès 1789, présentes dans les clubs, chez les Jacobins ou les Cordeliers, elles interviennent dans le débat public, et sont de tous les soubresauts révolutionnaire : En octobre, elles sont en marche vers Versailles pour placer le roi sous la surveillance de la Garde Nationale, et consolider les acquis de la Nuit du 4 Août. En juillet 1791, lorsque la colère du peuple est contenue par la loi martiale, elles sont sur le Champs-de-Mars, et tombent aussi sous les balles de la troupe. Lorsque l'ordre bourgeois est rétabli, après Thermidor, elles sont de toutes les émeutes populaires.

Et les revendications sur l'égalité sont au centre de leurs interventions, dans tous les domaines où elle peut s'appliquer : l'éducation, le mariage et le divorce, la propriété.

Au coeur de ces combats, si Condorcet publie dès 1790 un article sur " l'admission des femmes au droit de cité ", la figure d'Olympe de Gouges domine et cristallise les revendications de ces revendications. Quand, le 3 septembre 1791, la constitution accorde le suffrage censitaire masculin, elle proclame, dans sa Déclaration Des Droits de la Citoyenne, l'égalité politique des femmes.
A Paris, comme en province, fleurissent les clubs de femmes, désireuses de défendre la Révolution contre les menaces étrangères. Ces lieux de sociabilité se démocratisent et rassemblent bientôt bourgeoises et femmes du peuple, qui ne se contentent plus d'intervenir dans les domaines de la charité ou de l'éducation, que les hommes leur reconnaissent volontiers, mais demandent également à être armée lorsque la guerre menace la Révolution.
Théroigne de Méricourt, trop souvent oubliée, appelle les femmes à se constituer en corps armé, et essuie refus sur refus :

"Il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l'ignorance, l'orgueil et l'injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps."

Sous la Convention, les femmes se radicalisent, et pas seulement pour nourrir leurs enfants, mais aussi contre les prêtres réfractaires, contre les nobles, contre la corruption,

Le 10 mai 1793, elles fondent à Paris le club des citoyennes républicaines et révolutionnaires, dirigé par Pauline Léon et Claire Lacombe, et prennent parti contre la tiédeur des Girondins, et sont de tous les combats... ce qui ne suffit pas à la nouvelle constitution de 1793 à leur accorder les droits civiques qu'elles continuent de réclamer.

Mais lorsqu'elles demandent le contrôle populaire sur les représentants du peuple, elles commencent à gêner... et deviennent des suspectes.

Fabre d'Eglantine, parmi d'autres, dénonce les "grenadiers femelles" et leurs prétendus excès. Et, en octobre 1793, les clubs féminins sont interdits et fermés !

Elles continuent cependant à jouer un rôle important dans tous les mouvements sociaux, jusqu'à ce que la réaction thermidorienne les confine de nouveau dans leur rôle "naturel" d'épouse et de mère... Toute intervention dans les assemblées publiques leur est désormais interdite, ainsi que les attroupements de plus de cinq personnes.



Et la parité d'aujourd'hui ? Elle fait de "suppléante" le féminin du mot "candidat", trop souvent, pour des femmes soumises à la précarité, aux problèmes de garde des enfants, et submergées par leurs obligations familiales et professionnelles. La participation politique est surtout question de temps, et de condition...

(Gravure : Les journées d'Octobre 1789)

Tag(s) : #Révolutions, #Féminisme

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