Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Guernica...

Le 26 avril 1937, jour de marché, à 16h30, l'aviation allemande bombarde la ville basque de Guernica.


La petite ville n'est pas un objectif militaire majeur, mais pendant près de trois longues heures, la population sans défense subit le feu de la Légion Kondor, venue prêter main forte aux troupes de Franco.

33 bombardiers allemands, escortés par quelques chasseurs italiens, transportant 2500 bombes incendiaires, noircissent le ciel de Guernica, semant le feu et la mort.

L'attaque a été pensée pour tuer, terrifier, miner le moral de la résistance républicaine. Les bombes incendiaires, chargées d'oxyde de fer et d'aluminium, détruisent 70% de cette ville, symbole des libertés basques, confirmées par la République Espagnole.

Ceux qui fuient sont mitraillés par les avions de chasse jusque dans les faubourgs.
La puissance de feu est telle que les pilotes russes de l'Armée Républicaine, sur le Front Nord, qui ne disposent que de quelques appareils combattant sans relâche depuis novembre 1936, sont dans l'impossibilité d'intervenir.


Les objectifs de cette missions demeurent obscurs : attaquer le pont de Reneria, pour couper la routes des Gudaris, les républicains basques, et empêcher leur repli vers Bilbao ? Ou terrifier et expérimenter le bombardement des populations civiles,

La Guerre d'Espagne est un laboratoire de la guerre pour l'Allemagne nazie... C'est à Guernica que sont expérimentées, selon Göring lui-même, les techniques de la guerre de terreur, destinée à faire ployer toute l'Europe quelques mois plus tard.

Le bilan est monstrueux. Aujourd'hui évalué à près de mille morts, il ne cesse d'être remis en cause par certains historiens révisionnistes.

Les causes du massacres sont aussi âprement discutées : Les franquistes, dans les jours qui suivent l'anéantissement de Guernica, affirment que ce sont les Républicains eux-même qui ont dynamité la ville, puis reconnaissent le bombardement en l'expliquant par un enjeu stratégique plus que discutable, et en en imputant l'entière responsabilité à la Luftwaffe.

Mais trois jours après, les Franquistes font leur entrée dans la ville dévastée, qui n'a pas encore enterré ses morts.


L'opinion internationale est sous le choc... ce qui n'empêche pas les gouvernements européens de refuser tout soutien à la République. Le gouvernement français du Front Populaire, notamment, immobilisera, sur l'aérodrome de Toulouse, 15 avions républicains, en transit vers Santander, par son Comité de non-intervention...



Quelques semaines plus tard, le gouvernement républicain espagnol commande à Pablo Picasso son Guernica, qui immortalise la barbarie du carnage, pour l'exposition universelle de Paris de 1937.

La victoire de Guernica

I

Beau monde des masures

De la nuit et des champs

II

Visages bons au feu visages bon au fond

Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III

Visages bons à tout

Voici le vide qui vous fixe

Votre mort va servir d’exemple

IV

La mort cœur renversé

V

Ils vous ont fait payer le pain

Le ciel la terre l’eau le sommeil

Et la misère

De votre vie

VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence

Ils rationnaient les forts jugeaient les fous

Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux

Ils saluaient les cadavres

Ils s’accablaient de politesse

VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor

Des feuilles vertes de printemps et de lait pur

Et de durée

Dans leurs yeux purs

IX

Les femmes les enfants ont le même trésor

Dans les yeux

Les hommes de défendent comme ils peuvent

X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges

Dans les yeux

Chacun montre son sang

XI

La peur et le courage de vivre et de mourir

La mort si difficile et si facile

XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté

Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII

Hommes réels pour qui le désespoir

Alimente le feu dévorant de l’espoir

Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir

XIV

Parias la mort la terre et la hideur

De nos ennemis ont la couleur

Monotone de notre nuit

Nous en aurons raison.

Paul Eluard, «Cours naturel » 1938

Tag(s) : #guerres, #Poèmes !

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :