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Cheikhou Cissé, dernier bagnard de Nouvelle-Calédonie

Aucun des hommes sur cette photographie n'est Cheikhou Cissé.
De ce tirailleur sénégalais, il ne reste pas de portrait.

Né au Soudan français, il est recruté en octobre 1914 dans le 4e Régiment de Tirailleurs Sénégalais, et s'est battu au Maroc, et aux Dardanelles, où il a été blessé, puis rapatrié au Sénégal.

Mais Cheikhou Cissé est encore mobilisable, et les autorités militaires refusent de le laisser partir rejoindre sa famille. Opiniâtre, il insiste, et lutte pour ce simple droit,devenant, aux yeux de l'ordre colonial, un fauteur de troubles.
Arrêté en octobre 1917 à Dakar, il est condamné pour complot contre la sûreté de l'état, et incitation à la guerre civile.

Le 18 avril 1918, il est condamné au bagne, et malgré la mobilisation dont il fait l'objet, par les associations anticolonialistes, malgré l'intervention du communiste André Marty, il devient le dernier bagnard de Nouvelle-Calédonie, où il meut en 1933

Pendant la Grande Guerre, 30 000 soldats de l'A.O.F. sont morts au combat. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, ils sont 24 000 à périr, essentiellement pendant la libération de la métropole.


" Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France

Voici le Soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons –- est-ce d’Irun ?
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des futurs morts, on les remercie d’avance futurs mort obscurs
Die Schwarze schande !

Écoutez-moi, Tirailleurs sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée jadis dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèches les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! Puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Écoutez-nous, Morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs sénégalais
MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE ! "

Léopold Sédar Senghor, Tours, 1938.

Tag(s) : #Colonisation, #Peuples !, #Guerres

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