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Barbie, de la fuite au procès

Le 11 mai 1987, devant la Cour d'Assises du Rhône s'ouvre le procès de Klaus Barbie.

Pur produit du totalitarisme nazi, engagé dans les Jeunesses Hitlériennes, admis dans les SS en 1935, puis intégré dans le SD (Siecherheitsdienst), les services de sécurité du régime, Barbie est d'abord affecté aux Pays Bas, après l'invasion allemande, où il perfectionne sa pratique de la rafle des Juifs, de la chasse aux Résistants et aux réfugiés allemands. Il s'y distingue pour sa fermeté dans le ghetto d'Amsterdam, et reçoit la croix de fer dès avril 1941.
Affecté en France, à Gex, dès le printemps 1942, il est nommé à Dijon, puis à Lyon après l'invasion de la zone libre en novembre, où il commande la section IV, chargé des mêmes tâches qu'en Hollande. En février 1943, il devient chef de la Gestapo de Lyon.

Le boucher de Lyon est responsable de la mort de Jean Moulin, de la torture, de la mort, de la déportation de résistants, de l'exécution d'otages, dont des femmes et des enfants, de la rafle de milliers de Juifs et de leur transport vers Drancy, antichambre d'Auschwitz, dont les 44 enfants de la Maison d'Izieu, en avril 1944. Il parvient même, en août, à faire partir de Lyon le dernier convoi de 642 personnes directement vers Auschwitz, constitué pour un peu moins de la moitié de Juifs. Spécialiste de la torture, ce sont des centaines de personnes qui passent entre ses mains, qu'il n'hésite pas à salir.

http://lacontrehistoire.over-blog.com/quand-le-camion-passe-dans-le-village-on-les-entend-chanter-%C2%AB-vous-n-aurez-pas-l-alsace-et-la-lorraine-%C2%BB


En 1944, c'est au maquis du Jura et de l'Ain, puis dans les Vosges, qu'il s'attaque, torturant et exécutant les villageois accusés de soutenir les maquisards.

" Klaus Barbie est connu au Quartier général comme un chef SS enthousiaste, qui sait ce qu’il veut. Il a un talent certain pour le travail de renseignement et pour la recherche des criminels. Sa plus grande réussite réside dans la destruction de nombreuses organisations ennemies. Le Reichsführer-SS Heinrich Himmler a exprimé sa gratitude à Barbie dans une lettre personnelle qui le félicitait pour la qualité de son travail dans la recherche des criminels et la lutte contre la Résistance. Barbie est [un officier] sur lequel on peut compter aussi bien sur le plan psychologique que sur le plan idéologique. Depuis sa formation et son emploi au sein du SD, Barbie a mené une carrière assidue en tant que directeur d’un service supérieur et, s’il n’y a pas d’objection, il est recommandé qu’il soit promu SS-Hauptsturmführer. "

Ainsi est-il décrit par le commandant Wanninger qui le recommande au grade de capitaine. Il est promu le 9 novembre 1944, après avoir réussi à regagner Baden-Baden, avant d'être nommé, au fil de l'avancée des alliés à Halle, Düsseldorf, Essen et Wuppertal.

Barbie, de la fuite au procès

Mais ses activités d'après-guerre sont tout aussi politiques. A lui seul, il incarne l'impunité dont jouissent, grâce aux services secrets américains, les criminels de guerre, employés dans la lutte contre les communistes.

Quand la France demande son extradition, en 1948, le Counter Intelligence Corps de l'US Army la refuse. Il est un auxiliaire bien trop précieux dans la lutte contre le communisme, dans ce prélude à la Guerre Froide. Les Américains reprochent à la France de vouloir exercer une vengeance, et non de vouloir exercer la justice. Barbie passe trois ans au service des Etats Unis d'Amérique. Le fait qu'ils soit classé 239ème sur la liste des criminels de guerre n'influence guère les autorités américaines. Comme bien d'autre criminels de guerre, il commence une seconde carrière.

Quand en France s'ouvre le procès de René Hardy, accusé d'avoir dénoncé Jean Moulin, la France demande de nouveau son extradition, de nouveau refusée. Par contumace, il est condamné à mort en 1952 et 1954.

Finalement exfiltré par les services secrets américains, il emprunte la "filière des rats", aidé par le Vatican. En Bolivie, sous le nom de Klaus Altmann, il devient citoyen dès 1957. Il devient négociant, respectable aux yeux du régime dictatorial bolivien, soutenu par l'Oncle Sam, et a même l'occasion de voyager en Europe, y compris en France, sous cette nouvelle identité ! Ces activités commerciales cachent, en réalité, un réseau de trafic d'armes et de drogues au profit du régime bolivien.

Fidèle à ses engagements et à ses talents, il devient, dès 1964, un conseiller précieux de la dictature dans la traque de la guérilla guévariste... Probablement agent de la CIA, pendant toute cette période, il n'est pas étranger à la mort de Che Guevara dans la jungle bolivienne, en octobre 1967.

Lorsque Hugo Banzer prend le pouvoir par un coup d'état en 1971, Barbie le soutient et fonde une organisation paramilitaire, les "fiancés de la mort", tristement célèbre dans la répression de l'opposition bolivienne.

Le journaliste Ladislas de Hoyos
Le journaliste Ladislas de Hoyos

Son exil bolivien est connu de la justice allemande dès 1961, mais les " difficultés administratives " conduisent au classement de l'affaire... En 1972, les demandes d'extradition formulées par la France n'aboutissent pas davantage.

Repéré par Serge et Beate Klarsfeld, en 1972, il est formellement reconnu par ses victimes françaises, dans une interview accordée à Ladislas De Hoyos, mais aucune démarche n'aboutit. Dans l'interview qu'il accorde, en allemand, à De Hoyos, il nie être Klaus Barbie, puis,quand le journaliste lui demande en français s'il est déjà allé à Lyon, il répond à la question... Ce sont deux bobines vierges que De Hoyos donne aux autorités boliviennes, afin de mettre en lieu sûr le film de l'entrevue. Le soir même, Barbie est placé en cellule par les Boliviens, dans le seul but d'assurer sa protection. L'éventualité d'un enlèvement, à l'image de celui d'Eichmann en Argentine, est en effet hautement probable. Et en effet, cet enlèvement est planifié par les Klarsfeld et Régis Debray, mais n'a pu aboutir, à cause d'un accident de voiture..

Protégé par le régime de Banzer, puis nommé colonel honoraire des services de renseignement par le nouveau régime, après le coup d'état de 1980, Don Klaus est hors d'atteinte. Son expérience de la torture en fait une aide précieuse, et il sera reconnu ensuite par de nombreux opposants boliviens torturés sous la dictature.
En 1982, un nouveau changement de gouvernement permet à la France de réitérer sa demande d'extradition. Contre un aide financière substantielle, la Bolivie y consent enfin.
Le prétexte invoqué pour son arrestation est dérisoire : Le 25 janvier 1983, Barbie est arrêté pour non paiement d'une amende fiscale de 10 000 dollars... Puis l'arrêté d'expulsion est enfin signé, invoquant l'acquisition de la nationalité bolivienne sous un faux nom.

Barbie, de la fuite au procès

Quarante ans après les faits, le 5 février 1983, il revient sur les lieux du crimes, à la prison de Montluc de Lyon. Le juge Christian Riss ouvre l'instruction judiciaire à son égard. Il est déplacé, pour raison de sécurité, mais aussi pour échapper aux caméras, à la prison Saint-Joseph au centre de Lyon.
C'est pour crimes contre l'Humanité qu'il est jugé, puisque déjà condamné à mort pour crimes de guerre... Trois affaires sont finalement retenues contre lui : la rafle de l'UGIF (Union Générale des Israélites de France) du 9 février 1943, la rafle des enfants d'Izieu du 6 avril 1944, appuyé par la preuve que constitue un télex envoyé par Barbie à Paris, et le dernier convoi du 11 août 1944, de Lyon pour Auschwitz.
Certaines associations de résistants saisissent la cour de cassation pour lui demander d'élargir la notion de " crimes contre l'humanité ", afin qu'elle s'applique à des cas comme celui de Gompel, juif et résistant, déporté. La chambre criminelle de la cour de cassation décide le 20 décembre 1985 de redéfinir les bases de l'instruction : " Un crime de guerre peut aussi constituer un crime contre l'humanité dès lors que la victime a été déportée par les nazis dans l'un des camps dont la vocation était l'avilissement et la négation de la personne humaine. ".Cette redéfinition de la notion juridique n'est pas anodine et crée de nombreuses polémiques chez les parties civiles. L'élargissement de cette notion génère une vive émotion, puisqu'il offre à certains résistants le droit de se voir reconnaître victime de crime contre l'Humanité.
Le 11 mai 1987, jour de l'ouverture du procès, les sourires de Barbie, devant les caméras, sont bien difficiles à supporter...


Marcel Ophüls, Hôtel Terminus : Klaus Barbie, sa vie et son temps, 1988

Michel Zaoui, Noëlle Herrenscmidt, Antoine,Garapon, Mémoires de justice : Barbie, Touvier, Papon, Seuil, 2009.

Marcel Ruby, Klaus Barbie - De Montluc à Montluc, L'Hermès, 1983.

Documentaire de Laurent Delahousse, Florence Troquereau, Camille Ménager, Klaus Barbie, criminel nazi, diffusé sur France 2 le 10 janvier 2012. Ci-dessous :

Tag(s) : #Guerres

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