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Amère victoire

Le 8 mai 1945 est une bien triste victoire pour les Algériens qui ont combattu pour la libération du territoire métropolitain...
A Sétif, Guelma et Kherrata, le 8 mai, les festivités sont l'occasion légitime, pour les organisations indépendantistes, de rappeler le rôle héroïque de ses soldats dans les deux conflits mondiaux, et de revendiquer les droits du peuple algérien à l'égalité, et à l'indépendance.
La conférence de San Franciso, réunie une semaine plus tôt, et qui préfigure la création de l'ONU, réaffirme avec vigueur le droit des peuples à disposer d'eux-même...
Mais les Européens d'Algérie voient, en majorité, d'un mauvais œil l'accès à la nationalité française de 63 000 combattants musulmans. Messali Hadj vient d'être déporté à Brazzaville... Le temps est à la méfiance de la part des autorités françaises, qui sentent se lever le vent de la révolte.
Dès le Premier Mai, pour la première fois dans une manifestation publique, un drapeau algérien flotte sur la foule des manifestants. Et le 8, les recommandations sont claires pour faire du rassemblement un mouvement pacifique. Les slogans réclament la libération de Messali Hadj, dénoncent le colonialisme, revendiquent l'égalité des droits.


C'est alors qu'un commissaire tente de s'emparer du drapeau algérien qui ouvre la manifestation. Tout dégénère alors. Des tirs sont échangés, la confusion règne. Le mouvement s'étend bientôt aux communes voisines. Les Européens se terrent par crainte de représailles, tandis que les autorités préparent la répression.
Le 11, De Gaulle ordonne au général Duval de mener cette opération contre les "Indigènes", qui se déchaîne pendant deux longs mois. Bombardements, exécutions, massacres, exécutions sommaires mettent fin au soulèvement.
Les arrestations dans les rang du PPA, Parti du Peuple algérien, sont innombrables. 99 de ses militants sont condamnés à mort, dont 22 exécutés, et 64 condamnés aux travaux forcés...


Le bilan est bien difficile à établir. Certains corps sont passés dans les fours à chaux ou jetés dans les ravins. Si les sources gouvernementales françaises parlent de 900 musulmans, tués... par les émeutiers (!), le bilan est probablement proche de 30 000 morts. Le consul des Etats-Unis à Alger de l'époque parle, quant à lui, de 40 000 personnes tuées pendant la grande répression.


Parmi les quelques Européens qui s'insurgent contre la brutalité des "événements", Henri Aboulker, médecin juif et ancien résistant, même s'il demande des condamnations contre ceux qui ont assassiné 102 colons, dénonce le massacre de milliers d'Algériens innocents, dans le journal Alger Républicain.
Mais l'ordre colonial est rétabli.
Ce n'est qu'en 2005 que la France reconnait cette "inexcusable tragédie".

(Photographie : Reddition dans la région de Kherrata, 15 mai 1945)



C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme.
Kateb Yacine, écrivain algérien, lycéen en 1945.

Tag(s) : #Peuples !, #Répression, #Colonisation, #Afrique

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