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30 000 spectateurs pour Bonnot

Au terme d'une traque qui mobilise, depuis des mois, des centaines de policiers, Jules Bonnot se retranche dans le pavillon de son ami anarchiste Dubois, à Choisy-le-Roi.

Dès le 27 avril, 20 000 spectateurs affluent pour assister à l'assaut des policiers, suppléés par des centaines de braves gens armés de fusils de chasse, contre l'ennemi public numéro un de cette année 1912.


Bonnot n'est pas un ange, certes. Ouvrier de la toute jeune industrie automobile, chez Rochet-Schneider à Lyon, puis mécanicien installé à son compte, il fut peut-être même, pendant un séjour en Angleterre, chauffeur de Sir Arthur Conan Doyle, qui aurait reconnu sa photo, juste après sa mort, dans un journal relatant sa fin tragique. Rebelle, indiscipliné, révolté, sensible très tôt aux idées anarchistes, il choisit la voie illégaliste.
Bonnot n'est pas un enfant de choeur. La bande qui se constitue autour de lui, multiplie les méfaits, et en particulier le premier braquage en automobile de l'histoire, à la Société Générale, rue Ordener à Paris. La presse et l'opinion qu'elle brasse réclament leur tête, qui sont mises à prix.

Bonnot n'est pas un ange, et même si ses complices attestent qu'il abhorrait le meurtre, il a aussi du sang sur les mains, dont celui de Jouin, sous-chef de la Sûreté, qui tente de l'arrêter le 24 avril.

Bonnot est un bandit, mais ce 27 avril, dans le pavillon où il est retranché, cerné par la police, leurs suppléants improvisés et les 30 000 badauds qui réclament sa tête, c'est un fauve traqué qui se couche entre deux matelas pour se protéger des tirs de carabines, de pistolet, de fusils de chasse, de mitrailleuse lourde. Quand les policiers pénètrent dans la maison, il tente encore de riposter, puis retourne son arme contre lui, avant d'être criblé de balles, et meurt pendant son transfert à l'hôpital.
La foule applaudit, se félicite de l'heureux dénouement, ramasse les douilles en souvenir de ce beau dimanche, et les dames trempent leur mouchoir dans le sang de Jules Bonnot.

Tout est cruel qui finit cruellement.

Juste avant le dynamitage de la maison, Bonnot a le temps d'écrire quelques lignes :

" Je suis un homme celebre. La renomée claironne mon nom aux quatre coins du globe et la publicité faite par la presse autour de mon humble personne doit rendre jaloux tous ceux qui se donnent tant de peine afin de faire parler d'eux et n'y parviennent point. Pour ma part, je m'en serais bien passé.

- Ce que j'ai fait, dois-je le regretter? Oui... peut-être! Mais s'il me faut continuer, malgré mes regrets, je continuerai. Du reste ce n'est pas m. Guichard qui m'en empechera. En bon policier qu'il est, il m'a rencontré plusieurs fois et notamment quai de l'Archeveché, et ne m'a point reconnu. Jouin était peut-etre plus fort, mais il s'occupait d'autre chose.

- Il me faut vivre ma vie, j'ai le droit de vivre: Tout homme a le droit de vivre et puisque votre société imbecile et criminelle prétend me l'interdire, eh bien tant pis pour elle, tant pis pour vous tous...

-Je suis un incompris de la société.

- Je suis résolu a prendre une compagne.

- Je crois utile de soumettre ces quelques lignes. Depuis six mois que l'on detient Petitdemange, M. et Mme Thollon, qu'y a-t-il contre eux? Rien de sérieux. Petitdemange fut mon assossié pour l'atelier, route de Vienne et rien de plus. Tous mes cambriolages sont antérieurs a son apparit
ion a Lyon. Les outils de l'atelier furent apportés sans son concours.

- A Montgeron, je n'avais pas l'intention de tuer le chauffeur Mathillet, mais simplement de prendre son auto. Malheureusement lorsque nous lui eumes fait signe d'arrêter, Mathillet braqua sur nous un révolver et cela le perdit.

- J'ai regretté la mort de Mathillet car c'était un prolo comme nous, un esclave de la sociéte bourgeoise.

-C'est son geste qui lui a été
fatal.

Jules Bonnot."


Puis, au crayon, il ajoute :

"- Je meurs. Cependant je tiens a reconnaitre que Jouin était brave et intelligent."

Enfin, sur une feuille de papi
er, à part :

"- Madame Thollon est innocente. Gauzy aussi.... Dieudonné aussi... Petitdemange aussi, M.Thollon aussi.

Jules Bonnot

Quinze jours plus tard, les deux derniers membres de la bande subissent le même sort, à Nogent-sur-Marne. Pendant neuf heures, Oscar Garnier et René Valet résistent à des centaines de policiers, un bataillon de zouaves, plusieurs mitrailleuses lourdes, et deux cent gendarmes, quarante mille spectateurs...

Dans la poche d'Octave Garnier, on retrouve également un testament :

" Réfléchissons. Nos femmes et nos enfants s’entas­sent dans des gale­tas, tandis que des mil­liers de villas res­tent vides. Nous bâtis­sons les palais et nous vivons dans des chau­miè­res. Ouvrier, déve­loppe ta vie, ton intel­li­gence et ta force. Tu es un mouton : les ser­gots sont des chiens et les bour­geois sont des ber­gers. Notre sang paie le luxe des riches. Notre ennemi, c’est notre maître. Vive l’anar­chie. "

Des survivants de la bande de Bonnot, arrêtés quelques semaines avant, quatre sont condamnés à mort, deux aux travaux forcés à perpétuité, et trois à la prison.
Le dernier survivant, Jean de Boé, ouvrier typographe, meurt en 1974, après une vie bien remplie : combattant au côtés des anarchistes pendant la Guerre d'Espagne, il adopte les deux petites filles d'un de ses camarades fusillé par les franquistes. Militant anti-fasciste de la première heure, il doit vivre dans la clandestinité pendant l'occupation allemande en Belgique. Fidèle à ses engagements, il est l'auteur de nombreux pamphlets et ouvrages, dont une histoire des luttes syndicales...

Tag(s) : #Répression

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