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24 avril 1915, prélude au génocide arménien...

Le 24 avril 1915, à Constantinople, les notables et intellectuels arméniens, sont accusés de complot contre l'état, déportés, et exécutés.

C'est le prélude au génocide...

A la fin du XIXe siècle, les Arméniens sont alors plus de deux millions dans l'Empire Ottoman, et s'organisent peu à peu dans des partis qui portent leur revendications nationales. Ces organisations se rapprochent du C.U.P., le Comité Union et Progrès des Jeunes Turcs, nationalistes et progressistes.
Les déchaînements de violence contre la communauté arménienne s'intensifient, en cette fin de siècle, sous le sultanat d'Abdulhamid II, le "sultan rouge". Les massacres hamidiens, entre 1894 et 1896, font près de 200 000 victimes, dénoncés notamment par Jean Jaurès à la Chambre des Députés, le 3 novembre 1896.

(http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/fr/6histoire/a_d/19_jaures1896an.htm)


En 1908, les Jeunes Turcs renversent le Sultan, et les minorités entrent au Parlement, mais les questions de l'autonomie et de l'indépendance de l'Arménie deviennent rapidement intolérables pour le nouveau gouvernement. L'alliance éphémère est rompue.
Dès 1909; les massacres commencent à Adana, en Cilicie, où les Jeunes Turcs éliminent plus de 20 000 personnes, pour s'étendre ensuite à d'autres villes de l'Empire.

En vertu de son alliance secrète avec l'Allemagne, l'Empire Ottoman entre en guerre en novembre 1914, contre les Russes. C'est l'occasion pour les Jeunes Turcs de profiter du conflit pour règler la question arménienne, et d'accuser les Arméniens de pactiser avec l'ennemi. Dès février 1915, le massacre est planifié, de façon méticuleuse et son exécution est confiée à l'Organisation Spéciale.
Les soldats arméniens de l'armée ottomane sont d'abord désarmés. De faux complots sont dénoncés, afin de mieux pouvoir éliminer tous les meneurs potentiels d'un mouvement national arménien, et surtout les intellectuels.

Puis vient le temps du génocide. Tandis que les hommes sont exécutés, les femmes, les enfants et les vieillards commencent de longues marches vers la mort, auxquelles, sur 870 000, survivront quelques milliers de personnes, qu'on parque dans des mouroirs en Syrie,en Palestine, sur les rives de l'Euphrate, au Liban...
Un million et demi de victimes ? Le bilan est difficile à établir, l'année 1916 semble avoir disparu de l'histoire de l'Empire Ottoman, puis de la Turquie, et ses archives avec. Toutes n'ont, en tout cas, pas été exploitées.
Des enfants et des femmes ont également échappé àla déportation, assimillés de force dans des familles turques, ou placés dans des orphelinats modèles.

Aujourd'hui encore, des historiens officiels refusent de reconnaître la qualification de génocide. Le gouvernement turc présente les événements comme de fâcheuses conséquences fortuites de la guerre, précisant que beaucoup de Turcs ont péri également.
En effet, la reconnaissance serait très lourde de conséquences pour la Turquie : dédommagements, indemnisation et surtout restitutions territoriales sont inacceptables pour le gouvernement d'Ankara.

Et le peuple turc ? Il n'a accès qu'à la version officielle, mais, quand Hrant Dink, principal promoteur de la reconnaissance du génocide, est assassiné le 19 janvier 2007 par un jeune nationaliste, près de cent mille manifestants descendent dans les rues d'Istanbul à l'occasion de ses funérailles, en scandant « nous sommes tous des Arméniens ».

Et la France ? Elle a reconnu l'existence du génocide arménien en 2001, sans cependant en préciser l'auteur... renvoyant au rang de prétexte la non-reconnaissance turque dans la question de son adhésion à l'Union Européenne.



Chant final

Mon pays,
c'est une immense et lumineuse offrande
que sans cesse t'apporte l'infini ;
tes jours hostiles,
les voilà terrassés ;
morts, ils sont morts, tes chants de trahison.
Et dès lors que je suis à nouveau porte ouverte,
et qu'à nouveau je suis prunelle ouverte,
et que je demeure oreille ouverte,
le passé surgissant se dresse contre moi,
arborant l'innombrable effigie des ancêtres ;
surgissant, le passé me pénêtre,
m'envahit, se condense au tréfonds de mon âme ;
image funèbre, il s'enflamme,
il se noie dans le vent,
s'éloigne, s'abolit, irréversiblement ;
et soudain le voilà qui resurgit,
entraînant avec lui de funèbres images,
maints regards, maintes vies funèbres.
Et moi, je défonce toutes les portes closes,
je pose les bombes incendiaires de la parole
au pied des forteresses du mensonge ;
j'ouvre, je fracture sans trêve, je transperce,
je réduis en poussière toutes les cloisons du monde,
je fais éclater toutes les graines de la souffrance,
je laboure à la main, j'ouvre un sillon
dans les tribu
lations terrestres, j'ouvre
j'ouvre, je pourfends, je déchire,
je démasque l'ordonnateur, j'arrache
son bandeau, je mets à nu son visage,
afin qu'il voit comment s'écoulent
ici-bas, comment s'anéantissent
les rivières de sang, de fiel et de p
oison.

Razmig Davoyan, Poèmes de l'Arménie soviétique, coll. d'Etranges Pays, Publications Orientalistes de France, Paris, 1977.

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(Photo : survivants du génocide en avril 1918 à Jérusalem)

Tag(s) : #Peuples !, #Génocides, #Guerres

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