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Irak : l'autopsie du chaos

Hier, 11 juin 2014, la presse internationale s'indignait, s’inquiétait et s'étonnait de la progression des djihadistes de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL)...

Indignation de circonstance, puisque les mêmes médias soutiennent les groupes salafistes en Syrie, et les ont soutenu en Libye, lorsqu'ils étaient présentés comme les sauveurs des aspirations démocratiques des peuples.

Inquiétudes très sélectives aussi, au vu du boulevard que l'intervention américaine de 2003 en Irak a ouvert au chaos des conflits inter-confessionnels.

Étonnement feint, puisque ces offensives djihadistes, partout, sont observées à la loupe par tous les services spéciaux de tous les pays du monde, à grand renfort de technologie.

Remontons un peu le fil des événements. Et même beaucoup...

Sans remonter aux splendeurs passées de Bagdad au temps du califat, puis à la domination ottomane, rappelons simplement l'époque où la région a commencé a être allègrement charcutée sur l'étal des bouchers d'Europe.

Irak : l'autopsie du chaos

Dès 1914, les Britanniques s'assurent du soutien des Arabes contre l'Empire Ottoman, allié de l'Allemagne. C'est dans cette perspective que s'inscrit les aventures de Thomas Edward Lawrence, immortalisées par les yeux bleus de Peter O'Toole dans le film de David Lean.
La réalité est plus prosaïque.

La Realpolitik britannique amène le gouvernement anglais à jouer des rivalités entre tribus, entre prétendants au trône d'un futur grand royaume arabe, tandis qu'Arthur Balfour, ministre des affaires étrangères de sa gracieuse majesté, promet la création d'un foyer national juif en Palestine, le 2 novembre 1917...

Au chérif Hussein, les Anglais promettent ce grand royaume arabe qui comprendrait toute la péninsule arabique, la Mésopotamie et le Levant...

Le partage des dépouilles de l'empire ottoman était pourtant déjà prévu, avec les alliés français, en vertu des accords Sykes-Picot, conclus en 1916. La révolution bolchevique remet durablement en cause la présence vigilante de la Russie dans la région, et c'est haro sur le baudet. Les promesses n'engagent bien que ceux qui y croient... Dans ses Sept piliers de la sagesse, le colonel Lawrence mâche les cendres de la trahison dont il a été l'instrument involontaire. Et l'échec de Wilson et de ses 14 Points, rejetés par le Congrès américain, toujours dans l'axe de la Doctrine Monroe qui fait de l'Amérique Latine la chasse gardée et exclusive des Etats-Unis, accélère encore le dépeçage de toute la région.

Finalement, les Hachémites n'ont droit qu'à deux royaumes, en Irak et en Transjordanie, sous tutelle britannique, tandis que toute la région est partagée entre Anglais et Français, qui exercent un "mandat", sensé assuré la transition vers l'indépendance. Et, sous couvert des mandats, les empires français et britannique s'étendent dans cette région stratégique, au plan des ressources comme des flux commerciaux en provenance d'Asie. Allègrement, on découpe, en dépit du bon sens, une région où les réalités humaines, religieuses, culturelles, historiques, sont extrêmement complexes, où les tensions sont prégnantes et resurgissent régulièrement.

Aux Français le Liban et la Syrie, où ils favoriseront et associeront plus ou moins les élites des minorités chrétiennes et chiites, fondant notamment un état alaouite, un état druze, un petit Liban chrétien pour les Maronites, puis un grand Liban avec la plaine de la Bekaa peuplée de chiites et de grecs orthodoxes. Aux Britanniques la tutelle des royaumes hachémites d'Irak et de Transjordanie, où ils jouent résolument la carte des majorités sunnites au détriment de toutes les minorités.

En Arabie, c'est la tribu Saoud, originaire de la région de Ryad et influencée depuis le XVIIIème siècle par le prédicateur rigoriste Mohammed-el-Wahhab, qui tire son épingle de ce jeu de dupes. Farouches opposants des Hachémites, ils profitent de la chute de l'Empire Ottoman pour se tailler la part du lion. Trahissant leurs promesses, les Anglais se décident à soutenir Aziz Ibn Saoud, qui tient déjà toute la région du Golfe Persique, si riche en pétrole, au détriment de leurs alliés hachémites. La réaction du chérif Hussein, qui décide de se proclamer calife sans l'accord des Oulemas, donne le prétexte religieux à Saoud qui s'emparent de La Mecque en 1924, s'autoproclame roi du Hedjaz et gardien des lieux saints, puis fonde en 1932 le royaume d'Arabie Saoudite.

Les pièces du puzzle, qui donneront naissance à des décennies d'instabilité, se mettent en place.

Irak : l'autopsie du chaos

En Irak, la domination anglaise, dans son mandat de Mésopotamie, est violemment contestée par des insurrections régulières. Mais c'est en 1932 que le pays accède à une indépendance très relative, étant donnée la présence de bases militaires britanniques.
Le jeune royaume hachémite devient d'ailleurs un des théâtres de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les Anglais rétablissent l'émir Abdullah face au coup d'état, largement soutenu par l'Allemagne nazie, de Rachid Ali Al-Gayani, instigateurs de pogroms contre les Juifs d'Irak. De cette tentative de coup d'état, "républicain", la communauté juive d'Irak gardera les stigmates, et fuira massivement vers l'état d'Israël dès sa proclamation.

C'est dans ce contexte que se développe, en Irak, le parti Ba'th créé dans l'aire syrienne. Issu du mouvement Nahda (Renaissance), qui étend son influence dès la fin du XIXème siècle, dans les communautés chrétiennes qui contestent la domination ottomane. Le livre du Libanais chrétien Negib Azoury, Le réveil de la nation arabe dans l'Asie turque, publié en français en 1904, marque l'émergence de cette pensée nationaliste arabe.

Et de fait, plus sensibles que les sunnites à la question de la laïcité, parce que très minoritaires et menacés sans cesse par les conflits au prétexte religieux, les chrétiens, les chiites, dont les Druzes, les Alaouites, les Ismaéliens, s'investissent dans ce projet qui entend fonder les bases d'une grande nation arabe débarrassée de ses conflits interconfessionnels, prônant l'arabité plutôt que l'Islam...

En Egypte, en Libye, en Syrie, mais aussi en Irak, le Ba'thisme se développe parallèlement au panarabisme, grâce aux progressistes qui refusent l'alternative politique proposée par les Frères Musulmans.

En Irak, il est porté par la minorité sunnite, à Tikrit notamment, ville de naissance de Saddam Hussein, coincée entre les Chiites du sud et les Kurdes au Nord...

Dans le contexte de la Guerre Froide, tandis que les Etats Unis mettent en place un "cordon sanitaire" autour de l'URSS en s'implantant en Turquie, en Iran ou encore au Pakistan, le parti Ba'th devient peu à peu l'interlocuteur privilégié des soviétiques, tandis que le royaume d'Irak, par le Pacte de Bagdad, devient l'allié officiel des Etats Unis.

En 1958, la monarchie hachémite est renversée par le général Kassem et le nouveau régime militaire connait se frotte alors aux velléités kurdes, qui agite le Nord du pays,

A leur tour, les militants du Ba'th renversent Kassem le 8 février 1963. Saddam Hussein, étudiant en Egypte, devient à 26 ans le secrétaire du Ba'th irakien.

Mais en novembre, Abdel Salam Aref, ancien compagnon de route de Kassem, membre du Ba'th, mais également nasseriste, entre rapidement en conflit avec les autres membres du parti et rétablit une "république" sous contrôle militaire. Saddam Hussein est mis aux arrêts, emprisonné et torturé. Jusqu'en 1966, Aref dirige l'Irak, puis disparaît dans un accident d'hélicoptère auquel certains voient une cause criminelle. Son frère Abdul Rahman lui succède.

Malgré son emprisonnement, Saddam Hussein accroît encore son influence au sein du Ba'th irakien, mais aussi au-delà, en étant élu membre du commandement panarabe du parti, en 1965.

En juillet 1968, avec son cousin le général Al-Bakr, ancien premier ministre d'Aref, il organise le second coup d'état ba'thiste. Al-Bakr devient président de la république, et Sadam Hussein son vice-président.

A l'intérieur, la stabilité du régime est assurée en partie par l'accord avec les rebelles kurdes, qui obtiennent une plus grande autonomie, mais toujours pas d'état. Et sur la scène internationale, la ligne diplomatique de l'Irak s'en trouve alors inversée. Dès 1972, le pacte de Bagdad est abrogé et le pays se rapproche, dans un traité d'amitié et de coopération, de l'URSS. La même année, le Parti Communiste irakien est autorisé, et le pétrole irakien est nationalisé... De quoi fâcher, déjà, l'oncle Sam, qui n'a plus qu'à se rabattre sur son alliance avec l'Iran du Chah.

Courtisé par les Français, Saddam Hussein n'est pas encore l'incarnation absolue du mal, et signe de nombreux contrats d'armements avec le pays des droits de l'Homme, Chirac, alors premier ministre de Giscard, en 1975, lui fait visiter, bras dessus bras dessous, le site scientifique de Cadarache, l'un des plus grands centres de recherche-développement sur l'énergie nucléaire en Europe...
Après avoir investi tous les rouages de l'état irakien, Saddam Hussein devient à son tour président de la république, lorsque Al-Bakr démissionne en 1979, officiellement pour raisons de santé.

Irak : l'autopsie du chaos

Les membres du Ba'th sont les premières victimes du régime. Des milliers de cadres du parti sont convoqués d'urgence et vingt-deux d'entre eux, accusés de trahison, sont arrêtés en pleine assemblée.

Les 24 ans que Saddam passe au pouvoir ne sont pas un long fleuve tranquille. C'est incontestablement un régime dictatorial, où les opposants politiques sont pourchassés, où les révoltes kurdes sont réprimées de façon sanglante,

Et c'est par la force que le régime empêche le soulèvement de la majorité chiite, peu coopérative devant les principes de la laïcité affichés par Saddam Hussein.

Par la force, certes, mais aussi par l'appel à l'unité nationale, et dans ce cas, rien de tel qu'une bonne guerre... Encouragés en cela par les Occidentaux, l'Arabie Saoudite, et les marchands d'armes en tout genre, Saddam Hussein déclenche l'offensive contre son voisin iranien, dont le nouveau régime n'a pas l'heur de plaire aux Etats-Unis. Au prétexte de prendre à la jeune république islamique le Chatt al-Arab et le Khouzistan iranien, l'armée irakienne lance l'offensive en septembre 1980.

Dix années d'une guerre effroyable... provoquant du même coup l'Union Sacrée que le régime de Téhéran espérait pour se maintenir au pouvoir. Et l'on se souviendra aussi de l'Irangate, qui met en difficulté l'administration Reagan qui, soutenant officiellement l'Irak, vend des armes à l'Iran, afin de financer les contras du Nicaragua.

Au cours de cette guerre Iran-Irak, afin d'éviter l'explosion nationaliste des Kurdes, Saddam Hussein aura recours aux gaz moutarde contre les populations civiles de la ville de Halabja.

Au bout de huit années de cette guerre qui fait plus d'un million de morts, et des centaines de milliers de blessés de part et d'autre, le cessez-le-feu est signé et juillet 1988 et le conflit prend officiellement fin en août 1988.

Irak : l'autopsie du chaos

L'Irak sort exsangue de ce conflit, et lorgne vers son voisin du sud, le riche Koweït. Au prétexte de vol de pétrole dans le gisement de Roumaïla qui se trouve dans la zone frontalière, l'Irak, qui s'est lourdement endetté auprès du Koweït pendant la guerre Iran-Irak, demande à être remboursé par le Koweït de 2,4 milliards de dollars, soit la valeur du pétrole " volé ". L'Irak accuse ensuite le Koweït et les Etats-Unis d'avoir délibérément inondé le marché pétrolier pour faire baisser les cours dans le cadre d'une politique " anti-irakienne et antiarabe . Saddam Hussein considère alors que tous les pays arabes sont redevables à l'Irak d'avoir endigué la menace iranienne. Le chef de la diplomatie irakienne, Tarek Aziz reproche enfin au Koweït de refuser l'annulation de la dette irakienne. Malgré les tentatives de médiation diplomatique, engagées notamment par le roi Hussein de Jordanie, le chef de l'OLP Yasser Arafat, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Fahd d'Arabie Saoudite, l'armée irakienne envahit le Koweit, le 2 août 1990.

Invasion ? Depuis ses origines, l'Irak considère le Koweït comme une partie tronquée de son territoire, malgré les traités qui se sont succédé. L'Irak, qui se considère comme un pays du Golfe, a toujours durement ressenti le fait de ne disposer que d'une étroite bande de terre côtière d'une soixante de kilomètres pour toute façade maritime. Dans sa lettre ouverte à George Bush du août, le président Saddam Hussein affirmait que " les Koweïtiens étaient des, lrakiens depuis des millénaires ". Dans une émission de radio destinée à l'Arabie Saoudite, la propagande irakienne soutenait que " jusqu'en 1913, Koweït faisait partie de l'Irak. C'était un district de Bassorah. L'Irak n'a pas reconnu le Koweït jusque dans les années soixante. Les questions sont restées en suspens entre le tronc [l'Irak] et la branche [le Koweït]. Alors, les récents événements sont intervenus et la situation a été rectifiée ".

En Orient, L'invasion du 2 août a provoqué un traumatisme considérable dans les monarchies voisines, qui s'en remettent à l'allié américain, par crainte d'être à leur tour la cible d'une invasion irakienne. Saddam Hussein, en effet, joue contre eux la carte du pauvre contre les riches, celle d'un Robin des Bois arabe.

L'invasion est accueillie avec les indignations d'usage. Les témoignages de la sauvagerie irakienne bombardent l'opinion, dont certains sont imputables à des témoins visuels qui se trouvaient... à Londres au moment de l'entrée des troupes dans Koweit City...

La "Communauté Internationale" qui se constitue, dans le contexte d'affaiblissement de l'URSS, se réunit. Le Conseil de Sécurité de l'ONU adopte la résolution 660 condamnant l'invasion irakienne du Koweït et exigeant que l'Irak retire inconditionnellement toutes les forces déployées au Koweït. Même la Russie et la Chine se décident à prononcer un embargo sur les armes à destination de l'Irak. L'OTAN, seule coalition de dimension mondiale depuis la chute du Pacte de Varsovie, s'en mêle et les Etats-Unis lancent un ultimatum à l'Irak, qui a jusqu'au 15 janvier 1991 pour retirer ses troupes du Koweït.

Le 17 janvier 1991, l'opération Tempête du Désert commence. Présentée dans les médias occidentaux comme des images de jeu vidéo, faites "de frappes chirurgicales", où l'on voit en image infra-rouge des attaques proprettes et ciblées, tandis que les "dommages collatéraux" sont présentés comme une odieuse manipulation irakienne, qui, bien évidemment, utiliserait ses civils comme bouclier humain.

Saddam Hussein, pas forcément réputé pour sa piété, en appelle même, dès le début de la crise, à l'Islam, accusant les Juifs et les Etats-Unis de garder les lieux saints sous leur coupe, pour tenter de rallier à sa cause les religieux, et quelques missiles SCUD sur lancés contre Israël viennent appuyer son propos.

Le 26 février 1991, Saddam Hussein annonce son retrait du Koweït. Les combats cessent le 28 février.

Pour les civils irakiens, le conflit est loin d'être terminé. Soutenus en sous-main par les Etats-Unis, les Kurdes, plus que jamais, aspirent à l'indépendance. La guerre a réactivé les communautarismes étouffés sous le joug de la dictature. Les Chiites du Sud se rebellent à leur tour, victimes d'une répression violente. Le Conseil de sécurité adopte la résolution 688 qui condamne la répression des populations civiles irakiennes et appelle à une aide humanitaire. Et le 20 décembre 1991, l'ONU décide de maintenir l'embargo total sur l'Irak.

Il est difficile d'estimer les conséquences humaines de cet embargo, à peine assoupli, à partir de 1995 par la résolution 986, dont le nom ne laisse aucun doute sur ce qu'on attend alors de l'Irak : Pétrole Contre Nourriture. Les civils irakiens et en particulier les enfants en sont les premières victimes.
Et les Etats Unis n'ont de cesse de finir le travail. Commencé sous Bush père, il le sera sous la présidence de Bush fils.

Irak : l'autopsie du chaos

Après le 11 septembre 2001, quand la politique de soutien aux islamistes, notamment dans le vivier afghan ensemencé par la résistance à l'invasion soviétique, revient tel un boomerang dans la face de l'Oncle Sam, touché dans les symboles de la puissance économique, militaire, et politique (si le quatrième avion s'était bien écrasé sur le Congrès ou la Maison Blanche), l'Irak tout naturellement, revient au premier plan sur la liste de l'Axe du Mal.

Non que l'élite politique et financière des Etats-Unis ne soit réellement convaincue d'hypothétiques liens avec Al-Qaida. Mais c'est bien cette fable qui est mise en avant pour justifier l'invasion de 2003, en se passant, cette fois, de l'avis de l'ONU. Qu'à cela ne tienne : l'OTAN, bien loin de sa mission initiale, fera l'affaire, et la force garantira la légitimité.

Les rapports contradictoires des experts de l'ONU, qui rejettent résolument la thèse des Armes de Destructions Massives, ont bien peu de poids dans cette décision. La propagande est à l'oeuvre, et, dans la plupart des esprits américains, Saddam devient le jumeau de Ben Laden, l'ennemi public numéro un, à abattre pour faire triompher la liberté.

En réalité, la théorie du chaos se met en place. Le "désordre constructif", théorie imaginée en premier lieu dans les cercles proches des Républicains est simple à comprendre. Par un effet domino, tous les dictateurs de la région tomberont un à un, chassés par leurs peuples enthousiastes et reconnaissants. Et si ces dictateurs sont remplacés par des fanatiques, qu'importe ? L'heure est à la GWOT, Global War On Terror.

La violence de l'attaque, le désarroi des populations, l'anéantissement des infrastructures du pays font le reste. Tous les conflits inter-communautaires refont surface dès les premiers mois de la guerre. Tous les irrédentismes se réveillent. Toutes les jalousies et les frustrations politiques se déchaînent

Il n'est pas question de réhabiliter la mémoire de Saddam Hussein. Mais force est de constater que le désordre qui a suivi l'invasion américaine a fait bien plus de victimes que la dictature. Milices sunnites, kurdes, chiites se manifestent dans la plus grande sauvagerie. Des attentats par centaines ensanglantent les rues de Bagdad, au point que les médias, comme une litanie incessante, leur consacrent quelques secondes dans les journaux télévisés occidentaux. 100 000 morts en 8 ans... Des forces de sécurité sous-payées et sous-équipées, des démineurs risquant chaque jour leur vie, et qui finissent par regretter, de plus en plus ostensiblement, le régime de "Saddam".

A des gouvernements toujours provisoires au pouvoir illusoire succède immanquablement la loi du nombre, et il est en faveur de la population chiite du pays, tandis que les groupes sunnites fanatisés et financés par l'Arabie Saoudite et son challenger le Qatar, progressent irrémédiablement.

Irak : l'autopsie du chaos

Faut-il alors s'étonner, ou feindre l'étonnement, comme le font les médias occidentaux des progrès de l'EIIL, franchisés d'Al-Qaida ? Les mêmes qui soutiennent les djihadistes en Syrie, les mêmes qui s'extasiaient de la spontanéité des printemps arabes. Les mêmes qui taisaient l'ampleur et la répression des manifestations à Bahreïn ? Ceux qui se font les relais d'une politique incohérente mais éprouvée : brandir la menace du terrorisme islamique là où nos gouvernements ont intérêt à intervenir, et au contraire, présenter les pires vermines fascistes salafistes comme les sauveur de la Libye ou de la Syrie ?

Faut-il rejeter la faute sur l'armée irakienne, mal entraînée et écoeurée de soutenir un gouvernement corrompu ?

A grand renfort d'experts, on nous expliquera que Bagdad va tomber et que c'était inévitable.

Et finalement, lorsque les fanatiques l'auront emporté partout, ils deviendront respectables, autour des tables de négociations. Et corruptibles, surtout. Peu importe les rêves perdus de démocratie et de progrès, au fond. Chacun pour soi, et les firmes transnationales pour tous !!!

C'est oublier que les premières victimes de ces fascistes religieux, financés par l'Arabie Saoudite ou le Qatar, soutenus par les Etats-Unis sûrs de la validité de leurs plans de recomposition du Moyen Orient par le chaos "constructif", sont les musulmans eux-même.
Et tout semble indiquer que ces peuples ne sont pas sortis de l'auberge.
..

Tag(s) : #Guerres, #Anti-Huntington

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