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20 Avril, Tafsut n Imazighan !

Le 20 avril, la Kabylie se rappelle de son printemps berbère : Tafsut n Imazighan...

Dans un pays aux immenses ressources confisquées par l'état, qui joue la comédie de la démocratie depuis l'indépendance, face à l'arabisation imposée par Alger, se manifestant notamment par l'interdiction systématique de tout événement culturel en langue tamazight, la tension monte en Kabylie.
L'université de Tizi-Ouzou est un haut lieu de cette culture qui revendique son droit d'exister de façon officielle.
Commencé en mars, après l'interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie berbère ancienne, le mouvement se répand comme une traînée de poudre à toute la région, entraînant une répression féroce.
Le 18 avril la grève générale est proclamée, et la libération des détenus est exigée.
Dans la nuit du 19 au 20, l'opération Mizrana est déclenchée : l'université de Tizi-Ouzou est brutalement prise d'assaut, et tous les lieux occupés, lycées, usines, hôpitaux, sont repris.
Les troubles se poursuivent jusqu'en juin, et la Kabylie est placée sous haute surveillance.


TRACT DU COMITE ANTI-REPRESSION,
diffusé à Alger le 22 avril 1980

Suite à la répression qui s’est abattue sur la communauté universitaire, les travailleurs, étudiants, enseignants de Tizi-Ouzou ont décidé de constituer un Comité anti-répression chargé d’expliquer la nature du mouvement, d’informer sur ses développements, de faire des démarches pour libérer les prisonniers de la communauté universitaire, faire cesser la répression et faire respecter les libertés démocratiques en Algérie.

Depuis quelque temps, les étudiants à Tizi-Ouzou et à Alger, soutenus par les masses populaires, organisent la lutte pour la reconnaissance des langues populaires algériennes et contre la répression dont est victime la culture populaire et notamment la culture berbère. Par ailleurs, la presse officielle et étrangère a tenté de déformer le mouvement aux yeux de l’opinion publique et de lui donner un sens erroné. Dans ce cadre, nous dénonçons toute tentative et fausse interprétation du mouvement.

De même, nous dénonçons la répression qui sévit et les atteintes aux libertés démocratiques en Algérie par :

La quadrillage policier des universités d’Alger et de Tizi-Ouzou et la violation de l’enceinte universitaire par les Services de Sécurité.

L’arrestation d’enseignants, d’étudiants, de lycéens et de travailleurs :

• 74 étudiants de Tizi-Ouzou portés disparus.
• L’enseignant SADI Hocine arrêté.
• Les lycéens MEZZI et BENKANOUN portés disparus.
• Le travailleur ABTOUT Arezki arrêté.

L’utilisation des forces de l’ordre à des fin anti-populaires testées sous des régimes de dictature ( relevé de l’identité de tout jeune se rendant à Alger, arrestation massives et arbitraires ).

L’utilisation d’armes à feu contre les étudiants comme cela a été le cas à Oued-Aissi le 7 avril 1980 à 22H20.

La répression qui s’abat sur toutes les villes et villages de la Wilaya de Tizi-Ouzou notamment.

Nous exigeons :
1. la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers arrêtés au cours du mouvement.
2. La cessation de la répression contre la communauté universitaire et les masses populaires.
3. La reconnaissance des langues populaires lgérienne, notamment de la langue berbère.
4. La cessation de la campagne de falsification des objets du mouvement, menée par la presse nationale et les autorités locales (C.N.P.(I), Wali ).
5. Le respect des libertés démocratiques en Algérie. La communauté universitaire de Tizi-Ouzou est déterminée à poursui
vre la lutte jusqu’à pleine satisfaction de ses revendications.

Le Comité anti-répression de Tizi-Ouzou.
Mardi, le 22 avril 1980.


Les revendications culturelles ne doivent pas cacher la question sociale. Les mots d'ordre de justice sociale, de liberté syndicale, de démocratie réelles y sont centrales.
Aujourd'hui encore, la reconnaissance de la langue ne satisfait pas les aspirations du peuple kabyle, qui considère que l'enfermement de la culture dans un cadre institutionnel ne pallie pas aux inégalités, au chômage, à la crise du logement, et à la corruption du pouvoir...

Le 20 avril devient la date anniversaire du soulèvement de la Kabylie, qui paiera, pendant la décennie noire des années 90, un lourd tribut au fanatisme religieux, mais y résistera.
Déjà, pendant le mouvement de 1980, les Kabyles constataient avec stupeur qu'ils étaient fouillés systématiquement, tandis que le pouvoir laissait entrer armés les fanatiques religieux, dans les universités.
Le 20 avril 2001, c'est le Printemps Noir en Kabylie : 127 jeunes sont assassinés par les forces de l'ordre pendant la commémoration du printemps de 1980.

Tag(s) : #Printemps, #Peuples !, #Afrique, #Résistances

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