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1944 ! Suffrage Universel !

Le 21 avril 1944, les Françaises obtiennent le droit de vote, accordé par le Comité français de la Libération nationale, et exercent ce droit pour la première fois un an plus tard, au municipales.
Ce n'est pas un droit octroyé, mais conquis de haute lutte par les féministes, dans un pays où les révolutions ne doivent pas masquer le conservatisme moral.

Ainsi les Françaises ont-elles acquis ce droit après les Suédoises, les Américaines, les Anglaises, les Soviétiques, Canadiennes, Uruguayennes, thaïlandaises, Brésiliennes, Turques, Mongoles, Salvadoriennes... etc etc etc ...


Après leur participation active à toutes les révolutions, à tous les mouvements syndicaux, à la Résistance, elles votent pour la première fois aux élections municipales d'avril 1945.

Si un débat "sociétal" a mobilisé les détracteurs de l'égalité des droits, c'est bien celui-là.

Parmi les tenants de l'ordre patriarcal et religieux, les opposants affichent une certaine cohérence : l'autonomie politique des femmes remettrait en cause la soumission à l'autorité du père, puis du mari... Très imagés, les pamphlets des conservateurs illustrent leurs arguments de couples livrés à la discorde, de maris contraints aux travaux domestiques, d'enfants délaissés par une mère indigne... Arguments classiques et relayés pendant des siècles par les institutions religieuses.

L'opposition des milieux révolutionnaire ou "progressistes" pourrait sembler plus surprenante. Classées parmi les citoyens "passifs" par l'abbé Seyès dès juillet 1789, elles ne peuvent prétendre aux droits qu'elles ont gagné par les armes. Malgré les convictions de Condorcet ou de Robespierre, favorables à ce droit, toute tentative de débat est écarté. En 1794, Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration Des Droits de La Femme et de la Citoyenne, est décapitée.
Le XIXe siècle n'est pas beaucoup plus favorable.Qu'on se souvienne aussi des diatribes de Proudhon contre l'égalité, ou de la tiédeur de nombreux républicains.
Seule la Commune leur accorde, pour quelques semaines, l'égalité des droits politiques.
Au début du XXe siècle, les radicaux craignent que le vote féminin ne fasse le jeu des curés, contre la laïcité, les femmes étant considérées comme des êtres influençables et irrationnels.
Tous les arguments différentialistes sont jetés dans la bataille... qui rejoignent très exactement les arguments des traditionalistes !

Et bien souvent les arguments prudents de ces messieurs de la Troisième République se placent également dans ce registre : Les femmes pourraient peut-être apporter à la vie politique un regard plus soucieux sur la protection de la santé, de l'enfance, de la famille. C'est d'ailleurs dans ces rôles qu'on les cantonne, quand on leur confie, sous le Front Populaire par exemple, les sous-secrétariats d'état à la famille, etc...

Et nous sommes loin d'en avoir fini avec ce différentialisme. Il n'est pas politique, il est profondément ancré dans tous les recoins poussiéreux des plus abjects préjugés.
Que la politique de l'abominable Margaret Thatcher soit décriée aujourd'hui et encore condamnée comme elle le mérite, rien de plus naturel, rien de plus salutaire, rien de plus normal... Mais force est de constater que la juste colère ravive aussi des aspects moins reluisants, purement misogynes. On se souvient avec moins d'emphase d'autres ultra-libéraux, d'autres bouchers des droits sociaux, d'autres dictateurs mêmes...
Ni dans le camp de la réaction, ni dans celui de la révolution, les femmes ne sont de douces créatures pourtant.

Et dans nos rangs, elles gagneraient à être bien plus féroces et irascibles, assurément.

Tag(s) : #Féminisme

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