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1873 : La crise, les colonies et la guerre...

Le 9 mai 1873, le krach boursier de Vienne met fin à l'illusion d'une croissance économique continue.

Ce n'est certes pas la première crise du capitalisme industriel, mais, jusqu'alors, la politique des bas salaires conjuguée aux innovations technologiques, dans les domaines de la métallurgie ou de la chimie, engendraient des crises brèves, compensées par le développement de nouveaux secteurs. Cette crise d'un genre nouveau se poursuit jusqu'au milieu des années 1890...

Déjà, les causes de cette Grande Dépression trouvent leur origine dans la dérégulation bancaire et dans l'explosion d'une bulle spéculative immobilière.

Le développement des banques privées, en cette fin de XIXe siècle conduit au développement des prêts hypothécaires, en particulier dans le domaine de l'immobilier, qui connait, en ces temps de croissance urbaine, une période florissante. On s'endette beaucoup, dans la moyenne bourgeoisie, pour construire et vivre de la rente immobilière... Aux Etats-Unis, c'est plutôt, Conquête de l'Ouest oblige, dans les chemins de fer qu'ont lieu les placements les plus risqués, tandis que la Révolution Agricole et l'ouverture de l'immenses espace des Grandes Plaines permet un développement rapide de l'agriculture, concurrençant les productions européennes.

Dès février 1873, les Américains choisissent l'or comme étalon au dollar, provoquant l'effondrement des cours de l'argent, largement utilisé pour frapper la monnaie en Europe. Les banques allemandes paniquent, en quête de liquidité, et entraînent les banques autrichiennes dans leur sillage. C'est donc à Vienne que la faillite de nombreuses banques sème la panique sur les marchés européens, quand la bulle immobilière éclate. Paris, Berlin puis New York, où la bulle ferroviaire est touchée, sombrent à leur tour rapidement. Le 20 septembre, Wall Street doit même fermer dix jours après la faillite de la banque Jay Cooke et de la compagnie de chemins de fer Union Pacific. En France, la sidérurgie connait des pertes sans précédents.

La crise s'aggrave encore dans les années 1880, en s'étendant aux marchés agricoles européens : La concurrence agricole des pays neufs, Etats-Unis en particulier, est difficile à contrer. Les faillites bancaires s'enchaînent, bien que les états et les secteurs soient très inégalement touchés.

Les conséquences sociales sont dramatiques. La pression sur les salaires s'accroît pour colmater les brèches, et le chômage explose. Comme toujours, pour garantir aux actionnaires des dividendes corrects, ce sont les salaires qui sont rognés en premier. En France, le nombre de vagabonds augmente considérablement, et éveille la méfiance des autorités. Si les classes laborieuses inquiètent, les classes miséreuses et mouvantes effraient.

Dans le même temps, les paysans pauvres continuent de s'endetter et finissent par vendre, incapables de faire face à la concurrence et aux exigences de la mécanisation. L'exode rural s'accélère pendant ces années noires, tandis que les villes poursuivent leur croissance.

En revanche, la misère ouvrière renforce la conscience de classe. Les idées socialistes séduisent de plus en plus, et les effectifs des syndicats explosent, y compris aux Etats-Unis.

Au plan économique, la concentration financière s'accélère : Trusts aux Etats-Unis, Konzern allemands, cartels... Qu'elle soit verticale, contrôlant toutes les étapes de la production, ou horizontale, regroupant de gré ou de force les entreprises d'un même secteur, la concentration modifie profondément le fonctionnement du capitalisme industriel. Des entreprises familiales créées par des "capitaines d'industrie", on passe aux grands groupes industriels tout-puissants, disposant de quasi-monopoles. Au début du XXe siècle, on compte déjà plus de 300 firmes transnationales, dont 120 sont américaines. Au Japon, à l'ère du Meiji, les zaïbatsus, comme Yamaha, diversifient leurs activités autour d'une banque d'affaires.

Le protectionnisme industriel se met à l'oeuvre en Angleterre, tandis qu'en Allemagne ou en France, les droits de douane sur les produits agricoles deviennent prohibitifs pour les importations. Cependant, l'heure n'est certainement pas à la remise en cause du libéralisme économique.

Et l'une des réponses apportées à la crise est également l'accélération du processus de colonisation. A la conférence de Berlin, en 1884, l'Afrique est dépecée et partagée entre les puissances européennes, qui s'y livrent, depuis le milieu du siècle, à une course à l'exploration. Il s'agit désormais d'organiser le pillage des ressources mais aussi de liquider les surplus industriels dans les colonies.

Le système est bien rodé. Pour exemple, le coton cultivé en Inde par des paysans sous-payés est transformé dans les filatures anglaises par des ouvriers sous payés, exportés dans les pays industrialisés, alors que les surplus sont écoulés en Inde, auprès des colons et des élites locales qui adoptent la redingote so british... L'abandon du costume européen, prôné quelques décennies plus tard par Gandhi, sera bientôt symbole du rejet de ce système.
Les puissances industrielles se mettent également à "exporter" leurs pauvres vers les colonies; la propagande coloniale promet aux volontaires des terres et une main-d'oeuvre indigène docile. Et les colonies pénitentiaires d'Australie, de Nouvelle-Zélande ou de Nouvelle-Calédonie sont les têtes de pont de la colonisation.



Lorsque le partage colonial est consommé, c'est l'Europe qui devient le terrain de jeu des économies en reconstruction, dans lesquelles l'industrie militaire joue un rôle crucial... La course aux armements, de part et d'autres de la ligne bleue des Vosges, laisse entrevoir l'horreur des tranchées de 1914.
Krupp l'Allemand et Schneider le Français imposent leur loi et vendent leurs canons.



Pistes bibliographiques.

- B. Marcel, J. Taïeb, Crises d’hier, crises d’aujourd’hui, 1873, 1929, 1973, Nathan, 1996

- B.Rosier, les Théories de la crise économique, éditions de la Découverte, 2000

- « Spécial crise », Alternatives économiques, novembre 2008.

Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage.
Jean Jaurès.

Tag(s) : #Colonisation, #Guerres

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